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Laïcité, la République jusqu’au bout (Samuel Mayol, éd. L’Harmattan) : la postface de Gilbert Abergel

Gilbert Abergel, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, président du Comité Laïcite République (CLR). 24 février 2024

[Les échos "Culture" sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Samuel Mayol, Laïcité, la République jusqu’au bout, préface de Patrick Kessel, postface de Gilbert Abergel, éd L’Harmattan, 16 nov. 23, 178 p., 20 €.

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Depuis quelques années, les publications sur le thème de la laïcité se multiplient. Ce regain d’intérêt pour une question que l’on croyait réglée à tout jamais s’explique sans aucun doute par la rupture du pacte de non visibilité des appartenances religieuses provoquée par les premières affaires du voile à l’école. Réinterrogée, triturée, malmenée, accaparée, la laïcité méritait bien cette attention que lui portent à nouveau nos philosophes, nos historiens, nos militants, lesquels découvrent soudain que, loin de se contenter de l’école, ces adversaires de la République investissent tout le champ social.

Pourtant, le travail de Samuel Mayol n’est pas un récit de plus venant s’ajouter aux multiples ouvrages sur le sujet. Les ressorts de cette publication sont à rechercher ailleurs, probablement du côté du traumatisme qu’il a subi en 2016, alors qu’il dirigeait un établissement d’enseignement supérieur. Il y fut confronté, à la fois, à des menées séparatistes mais aussi à la complaisance, voire la complicité de ceux qui auraient dû prendre son parti. Le parallèle avec les affaires du voile à l’école nous semble évident. Dans les deux cas nous retrouvons des revendications incompatibles avec les valeurs républicaines, et l’aveuglement de ceux qui se disent héritiers de Jaurès.

On devine le cheminement intellectuel de Samuel Mayol, et la double question qui va l’animer lors de l’écriture de son ouvrage. Comment cela a-t-il pu se passer au sein d’une université de la République, et pourquoi, dans une telle situation la hiérarchie sensée porter ses valeurs de s’est-elle tue ?

Samuel Mayol sait donc de quoi il parle. Replacer sa propre histoire dans ce processus multiséculaire qui va de la construction patiente, souvent violente, de la laïcité républicaine à son délitement avec la complicité d’une certaine gauche qui a renoncé.

Le récit de cette conquête est fluide. Des espoirs aux désillusions, des victoires aux renoncements, cette histoire de la laïcité est écrite par un militant qui démontre que la liberté absolue de conscience n’est jamais acquise et que les forces dogmatiques, essentiellement religieuses, ne renoncent jamais. « Nous avons l’éternité pour prendre notre revanche » avait déclaré l’abbé Gayraud au lendemain du vote de la loi de séparation. Savait-il que dans cette volonté de revenir sur cette conquête majeure, l’église serait rejointe, et même dépassée, un siècle plus tard, par des tenants d’un islam prétendu des origines faisant de la religion un dogme indépassable ?

Cette offensive visant à remettre en cause nos acquis républicains opère à bas bruits, comme au sein de la crèche Babylou, comme à Creil, comme au sein de l’université de Samuel Mayol. Dénoncer, comme il le fit, ces menées lui valut menaces et injures, dans un silence assourdissant d’une grande partie de la gauche, un silence rompu par quelques militants et, heureusement, par la justice.

Et à ceux qui ont vu en Samuel Mayol un relai de thèses racistes, la fameuse islamophobie, il rappelle que les citoyens qui se sont battu pour la liberté de conscience, de Voltaire à Montesquieu en passant par les révolutionnaires et les communards avaient face à eux une église catholique toute puissante et que la laïcité interdit d’accepter de l’islam ce qu’on refuse aux autres religions.

Il n’oublie pas, bien sûr, de dénoncer ce hold-up par l’extrême droite, de ce patrimoine de la gauche républicaine.
Reste une question : Quand les masques tomberont-ils ? Quand la gauche retrouvera-t-elle le chemin de Jaurès ?
A ce jour, peu de réponses apparaissent.

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Voir aussi dans la Revue de presse le dossier IUT de Saint-Denis dans Enseignement supérieur,
Ils ont volé la laïcité, par Patrick Kessel (Gawsewitch-Balland, 2012) dans Livres (note de la rédaction CLR).


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