(Le Figaro, 8 oct. 25). Arthur Dénouveaux, président de l’association Life for Paris 10 novembre 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
Arthur Dénouveaux, Vivre après le Bataclan, éd. Cerf, 9 oct. 2025, 232 pages, 20 €.

"[...] Dans sa forme grand public, le mot résilience véhicule l’idée qu’après un drame, nous aurions des ressources innées permettant de revenir à l’état d’avant le drame. C’est faux. Nous pouvons retrouver une forme de stabilité, avoir de nouveau une vie satisfaisante. Mais elle est forcément changée, nourrie par le drame. Les survivants sont énervés par cette injonction, cette croyance que l’on peut revenir à l’état antérieur. En revanche, je pense que des institutions, comme la Ville de Paris, ville chargée de cicatrices, peuvent l’être, en témoignent la réussite des Jeux Olympiques de 2024. Mais des êtres humains, j’ai quelques doutes. À la résilience, je préfère le mot résistance.
Dans votre ouvrage, vous n’êtes pas tendre à l’égard des commémorations, ces « grandes messes républicaines qui tournent à vide ». Qu’est-ce que vous leur reprochez ?
Les commémorations et les minutes de silence, pourquoi pas. Mais elles ne peuvent en aucun cas être suffisantes. Il faudrait qu’elles soient accompagnées d’un vrai débat de fond. Or, là, elles sont accompagnées de discours ultra-émotionnels ou sécuritaires, jamais de discussions profondes sur la nature du mal qui nous attaque, en l’occurrence le djihadisme. Il faudrait le définir exactement, comprendre son but, les dégâts qu’il a causés à notre société. Je compare ces moments à des paratonnerres émotionnels dissipant toute l’énergie de la tristesse sans y trouver le moindre usage. Des accessoires vides, inopérants. En parallèle, ces commémorations tentent de reprendre les codes religieux de la grande messe, mais rien n’est pensé pour les personnes qui n’appartiennent pas au clergé. En raison du risque sécuritaire, les commémorations sont des événements très fermés. [...]
Le discours de François Hollande devant le Congrès à Versailles, le 16 novembre 2015 a, selon vous, mal vieilli…
Le président affirmait que nous n’étions pas dans une guerre de civilisation. À mon sens, c’est faux. Comme si les terroristes ne cherchaient qu’à effaroucher les vivants et non à imposer un projet politique. Au-delà, le politique n’arrive pas à saisir l’adhésion au projet politique antifrançais. Le 13-Novembre, un paquet de jeunes belges et français bien intégrés, pas de jeunes délinquants, enfilent une veste explosive et prennent une kalachnikov pour tirer dans le dos d’inconnus. Ils adhèrent à un projet attirant qui les mène à la mort en quelques mois. Aujourd’hui, j’ai l’impression que l’on n’apporte plus de réponse à la question : « pourquoi vit-on ? » Eux viennent combler un vide. Avec la sécularisation, l’État devait reprendre une partie des missions ou tout du moins, des réponses que l’Église apportait. Il le faisait encore il n’y a pas si longtemps. [...]"
Voir aussi dans la Revue de presse le dossier Attaques du 13 nov. 15 (Paris et Saint-Denis) (note de la rédaction CLR).
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