(Charlie Hebdo, 27 mai 26) 29 mai 2026
L’Abandon. Les derniers jours de Samuel Paty, de Vincent Garenq, Alexis Kebbas, 1 h 40, avec Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali... Sortie le 13 mai 2026.
"En salle depuis quinze jours, le film sur Samuel Paty cristallise critiques et éloges. « Charlie » s’est payé un ticket de cinoche pour juger sur pièces. Points de vue croisés de Gérard Biard, Jean-Loup Adénor et Yovan Simovic.

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Il y a des projets qui restent et resteront indémerdables. En voilà un : raconter à travers un long-métrage de fiction les derniers jours de Samuel Paty. Détricoter sur grand écran les malentendus, les petites lâchetés et les grands renoncements qui ont rendu possible la décapitation d’un prof d’histoire-géo pour blasphème. Le réalisateur se trouvait alors face à deux possibilités : se détacher du récit initial pour en faire une vraie proposition de cinéma, mais risquer un procès médiatico-politique en réécriture tantôt complaisante, tantôt vindicative, d’un drame national – Charlie ne s’en serait d’ailleurs pas privé. Ou s’agripper scrupuleusement aux faits, à la temporalité, et ainsi servir aux spectateurs un récit appliqué, sans souffle ni regard, quelque part entre le téléfilm civique et le clip de prévention routière. Las, Vincent Garenq a opté pour la seconde option.
Mais même en évacuant tout parti pris artistique pour se concentrer sur les faits, le film s’enlise parfois dans un politiquement correct forcément caricatural : se sachant attendu par une certaine critique toujours prompte à dégainer l’accusation d’« islamophobie », il oppose systématiquement aux « méchants » musulmans – le prédicateur, le père de la collégienne et le terroriste – des figures de musulmans positifs lisses et bienveillantes, à la limite de la niaiserie. Il s’agit alors de donner des gages de bonne foi. Et ça, ça ne fait ni un bon film ni un récit convaincant. D’ailleurs, ce balancier artificiel n’aura servi à rien : quelques minutes après la diffusion de L’Abandon lors du Festival de Cannes, de petits youtubeurs cinéphiles se sont empressés de crier au film « dangereux », au service du Rassemblement national.
Reste qu’on l’imagine tout de même utile, ce récit-fiction-docu. Peut-être sera-t-il un jour diffusé dans les salles de classe. Peut-être même que son propos fera cogiter quelques petites têtes en formation. Un peu comme l’excellent La Vague, vu en cours par toute une génération, qui raconte une expérience sociale lancée par un professeur avec sa classe pour montrer comment une dictature pourrait renaître en Allemagne. Mais très vite, ses élèves deviennent fanatiques et violents. On sortait alors de la séance avec un tas de questions intimes : qu’est-ce qu’on aurait fait ? Est-ce qu’on aurait su déceler les signes avant-coureurs ? À quel moment se serait-on désolidarisé d’un projet qui, visiblement, partait en sucette ? Et c’est déjà pas si mal. Mais encore faudrait-il, dans le cas de l’affaire Paty, que des professeurs acceptent de se saisir de cette matière hautement inflammable. [...]"
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
Voir aussi dans la Revue de presse le dossier Le film "L’Abandon" (13 mai 2026) dans Assassinat de l’enseignant Samuel Paty (16 oct. 20), dans la rubrique Culture le dossier Cinéma (note de la rédaction CLR).
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