(Le Figaro, 19 août 25) 22 août 2025
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Lire "Voix d’or et tenues rutilantes : Mike Brant, le crooner sexy de la France de Guy Lux".
"Le crooner israélien a marqué la chanson française avec sa voix d’or et ses tenues rutilantes. Le poitrail apparent sur tous les plateaux de variétés de l’ORTF.
Par Valérie Guédon
Il est beau, il est jeune et il a une voix d’or. Du haut de ses 27 ans, Mike Brant fait se pâmer toutes les femmes de France. Ce jeudi soir de juin 1974, il y a fort à parier qu’elles sont nombreuses embrassant l’écran de télévision au passage du petit prince des hit-parades. Sur l’ORTF, Guy Lux présente en maître de cérémonie, Sophie Darel à ses côtés, le spectacle de variétés de la deuxième chaîne, « Domino » (anciennement « Le Palmarès ») consacré à Claude François. Entouré de Nicoletta, C. Jérôme, Daniel Guichard, France Gall, Annie Cordy, Sheila et les autres, le roi des charts vient récupérer le disque d’or de son dernier album, le bien nommé Disque d’or. Une compilation de ses meilleurs titres qui vient de dépasser les 100.000 exemplaires vendus.
Au passage, il interprète sur un plateau doré sur tranche, flanqué de ses Claudettes, elles-mêmes toutes de paillettes or, ses plus grands tubes, Chanson populaire, Le Mal-aimé et Sur une musique américaine. Pour l’occasion, Cloclo a revêtu ses plus beaux atours, un complet en lamé, non pas or, mais argent façon papier-alu dont le col de veste est brodé d’une myriade de miroirs colorés. « Claude François a été le premier à porter un costume à paillettes sur scène en 1971, nous raconte Fabien Lecoeuvre, expert et commissaire de l’exposition itinérante Paroles et musique, autour d’objets et costumes de scènes cultes de la chanson française. Auparavant, c’était réservé aux danseuses de music-hall. Lui s’était inspiré des stars de la Motown, Diana Ross & The Supremes, Ike et Tina Turner, dont il était très fan. Il avait l’habitude de visionner toutes les cassettes de leurs concerts puis se faisait tailler dans la foulée les mêmes costumes de scène. » Cette fois, l’ange blond a délaissé les paillettes pour lancer la mode du lamé.

Photo : BOCCON-GIBOD/SIPA
Mais que la ménagère se rassure, un autre sex-symbol va lui en mettre plein les mirettes : Mike Brant, né Moshé Brand en 1947 à Chypre, s’avance à son tour dans une improbable veste rayée à sequins de toutes les couleurs, un pantalon évasé assorti à sa chemise à jabots en satinette rouge sang, ouverte sur son poitrail velu, et entonne C’est comme ça que je t’aime. Le jeune homme est devenu une idole en vendant, quatre ans plus tôt, plus d’un million et demi d’exemplaires de Laisse-moi t’aimer, son premier 45 tours. Repéré par Carlos et Sylvie Vartan à Téhéran, en 1968, il enchaînait alors les reprises des Beatles et de Ray Charles dans la salle de spectacle du Baccara Club. Monté à Paris, il est pris en main par Jean Renard, directeur artistique de Johnny Hallyday. Et Renard, par ailleurs auteur-compositeur et producteur à succès, ne s’occupe pas que de la musique. L’idée de transformer Brand en Brant vient de lui.
L’âge d’or des idoles
Tout comme cette fameuse dégaine empruntée à… Tom Jones. Le crooner gallois est alors est au faîte de sa gloire et remplit tous les soirs le mythique Flamingo à Las Vegas. Cela tombe bien, Mike Brant est un fan de la première heure. À 15 ans, alors qu’il était encore Moshé, il en reprenait déjà, avec le groupe monté avec ses frères, ses plus grands hits au Rondo, la boîte de nuit de Haïfa. Sous l’impulsion de Renard, il devient le Tom Jones français. Même jabots, même cols pelle à tarte géants, même satinette colorée et mêmes pattes d’eph moulant à l’entrejambe. Comme son modèle, il aborde aussi la chemise jamais vraiment fermée.
Parfois même carrément ouverte, dévoilant un bijou en or (une croix sertie de diamants pour Mister Jones, jamais le dernier pour verser dans le bling). Sans parler de la pilosité présente : un torse velu, des bacchantes taillées de près et une chevelure souple, légèrement ondulée. La panoplie du lover dont la presse jeunesse raffole. Jean Renard est ravi. Les magazines Salut les Copains, Podium, Stéphanie et autres Fleur Bleue s’arrachent son poulain. Un jour sur la plage, seulement vêtu d’un jean, lunettes pilote sur le nez et guitare à la main en couverture. Un autre, pour le poster géant en page central, sourire enjôleur, chemise à peine boutonnée (toujours) et futal moulant à grosses rayures bleues et noires.
Des clichés qui recouvrent les murs des adolescentes de la France pompidolienne. « Pas seulement ! précise Fabien Lecoeuvre. Il fallait voir le public de ses concerts. Les intellos de la musique française l’ont souvent réduit à un simple chanteur à midinettes. Mike Brant avait des fans de tous les âges. À 15 ans comme à 45 ans, elles étaient toutes folles de lui. Il fallait voir ça : toute la salle était en délire. J’ai pu en être témoin en 1974 pendant sa tournée d’été, un soir où il passait dans l’Allier. C’était à un point tel que lui-même n’entendait pas le retour son sur la scène. Il a fini par poser son micro et demander au public d’arrêter de crier pour pouvoir continuer le spectacle. Partout où il passait, il déclenchait l’hystérie, comme Claude François, Johnny, Joe Dassin et Michel Delpech. » C’est l’âge d’or des idoles. Et Monique Le Marcis, directrice de la programmation musicale de RTL d’alors, garde toujours une place de choix sur les ondes pour les tubes de son chouchou. Qui saura, C’est ma prière, Rien qu’une larme passent ad nauseam sur la première radio de France.
Pour contenter son public - et sa maison de disques -, le « play-boy israélien » passe sa vie sur les routes. Les vendredis, samedis et dimanches, il peut enchaîner jusqu’à deux concerts par soir. Tantôt dans les bals de quartier, tantôt dans les kermesses de villages et bien sûr dans toutes les grandes salles de concerts du pays. « Avalant les kilomètres, épuisé, Mike Brant suit la route tracée par ceux qui s’occupent de lui », documente déjà l’émission Temps présent de la télévision suisse en 1973. Avec sa veste à paillettes multicolores, sa chemise à jabots en satinette et son pantalon pattes d’éph assorti - pantalon que les fans tentent de lui arracher dès qu’il s’approche trop près du bord de la scène, Mike Brant sillonne le territoire et arpente les plateaux télé. « Domino » de Guy Lux donc, mais aussi « Top à » et « Numéro 1 », les célèbres shows du samedi soir, produits par Maritie et Gilbert Carpentier.
« Beau comme un dieu »
Le midi, il change de look pour le « Midi Première » de Danièle Gilbert : regards caméra, sourire ultra-bright, chemise décontractée mais toujours ouverte sous un petit blouson de cuir, ce jour-là, il n’hésite pas à minauder avec Nicoletta, parmi les invités. « Tu veux que je la chante pour toi la chanson ? », lui susurre-t-il de son accent méditerranéen. Et l’interprète de Mamy Blue de rire nerveusement.
« Évidemment, il était beau comme un dieu, explique Fabien Lecoeuvre. Au-delà du costume, ses traits étaient parfaits, naturels, un peu comme ceux d’Alain Delon. Mais il n’était pas qu’un physique, il avait ce timbre de ténor magnifique qui lui permettait de quasiment tout chanter. Malheureusement, la carrière de Mike Brant n’a duré que quatre ans. » Harassé par le show-business et déprimé, il meurt en 1975 en se jetant d’une fenêtre. « Il nous a laissé de grandes chansons dont il a composé la plupart des musiques, avec sa guitare. Il avait un grand talent de mélodiste. »
Reste aussi un costume à paillettes mythique que cinquante ans après sa mort, tous les sosies officiels de la star continuent de porter sur les scènes de bal du 14 Juillet et pour les spectacles des maisons de retraite. Jusqu’à la caricature ? « Il ne faut pas regarder hier avec les yeux d’aujourd’hui. Ses tenues étaient hyperbranchées à l’époque. Nous parlons d’un temps où les maisons de disques produisaient des chanteurs beaux comme des Apollon qui devaient avoir l’air de prince charmant. C’était ce que le public voulait. Même si de nos jours, on ne veut plus de ce genre d’idoles, ça reviendra. Regardez la folie des boys bands dans les années 1990. » Mais ça, c’est une autre histoire (de look)."
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