(La Croix, 28 mars 25) 28 mars 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
« Musique et République. De la Révolution au Front populaire ».
Exposition gratuite aux Archives nationales, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris.
Jusqu’au 14 juillet.
Catalogue Archives nationales/Snoeck, 168 p., 30 €.
Rens. : archives-nationales.culture.gouv.fr
"Critique Depuis la Révolution, la France s’est forgé un univers sonore chantant l’idée républicaine. Aux Archives nationales, une exposition riche de partitions, d’instruments anciens et d’extraits musicaux rares ou inédits, célèbre ces noces entre politique et art scellées par des hymnes et des institutions majeures.
Nathalie Lacube

Lire "« Musique et République » : aux Archives, une fraternité consacrée par « La Marseillaise »".
Une envolée de feuilles et de partitions manuscrites monte jusqu’au plafond de l’Hôtel de Soubise à Paris. Haut de plusieurs mètres, l’édifice éphémère de papier célèbre la gloire de La Marseillaise. Cet autel républicain de notes et de mots forme le cœur de l’exposition « Musique et République », présentée aux Archives nationales. La première édition imprimée du Chant de guerre pour l’armée du Rhin, publiée dans le journal Feuille de Strasbourg le 28 avril 1792, au lendemain de son écriture par Rouget de Lisle, y figure à la place d’honneur.
Autour de ce symbole, des dizaines de documents à l’écriture soignée illustrent un élan populaire. « La Révolution ne se fait pas qu’à Paris. Elle s’écrit dans les sociétés révolutionnaires de toute la France qui envoient des adresses chantées au Comité de salut public », souligne la commissaire Marie Ranquet, conservatrice du patrimoine aux Archives.
Ici, un texte en occitan, La Garisou de Marianno (« La guérison de Marianne »), écrit par le chansonnier tarnais Guillaume Lavabre vers 1790, serait la première attribution du prénom de Marianne à la République personnifiée. Là des stances pour la fête de la Paix, venues de Saône-et-Loire. Partout des paroles, mais peu de musique. Le chant occitan s’interprète sur l’air des Deux Savoyards, un autre en octosyllabes s’adapterait sur La Marseillaise. Une lettre venue de Compiègne réclame « des airs pour enseigner au peuple les chants révolutionnaires ».
« Écrire de la musique demande d’être savant, en imprimer coûte cher. Beaucoup de chants révolutionnaires renvoient aux airs déjà connus pour la mélodie », explique la commissaire Sophie Lévy, responsable des archives au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMD). Les élèves de la prestigieuse école ont interprété pour les visiteurs de l’exposition ces chansons transmises oralement, enregistrant une playlist inédite.
Des instruments anciens, dont un splendide « serpent », pièce unique en bois précieux noir, montrent l’effervescence musicale d’une société se démocratisant. « À la Révolution, la musique déborde dans la rue. L’enseignement des instruments à cordes baisse au profit des cuivres qui portent mieux le son », souligne Marie Ranquet.
La quête d’instruction musicale des Françaises
L’éducation musicale connaît un essor sans précédent. « Le Conservatoire se voit assigner deux missions : l’enseignement, et l’exécution de musique dans le civil et sur les champs de bataille », précise Sophie Lévy. Parmi les documents illustrant cette quête d’instruction, la lettre de la citoyenne Théophile Heuvrad se démarque par la qualité de sa prose et son ardente conviction féministe. Elle réclame en 1794 la création d’un lycée national de musique pour les femmes, exigeant pour ses sœurs « une éducation moins frivole et plus utile à la République ».
L’exposition, passionnante, documente aussi bien l’âge d’or des fanfares, harmonies et orphéons, éléments de sociabilité et d’appartenance, que l’essor de la musique militaire, depuis la Garde nationale (devenue républicaine) jusqu’aux champs de bataille européens. En témoignent un tambour orné d’aigles de la garde impériale de Napoléon, ou encore le clairon qui a sonné la fin des combats en 1918.
Chants engagés et chansons festives
La musique forge la République, cimente l’unité nationale, monte au front pour défendre la nation et éduque les classes populaires, surtout après la loi de Jules Ferry sur l’école en 1882. Elle se fait aussi contestataire. De L’Internationale à la Chanson de Craonne, qui, en 1917, déplore l’hécatombe, en passant par La Marseillaise fourmisienne (1891), le parcours atteste d’une mémoire de chansons engagées. Les avancées sociales et politiques se chantent aussi. Le Front populaire avec ses bals et ses refrains fête ainsi l’espoir d’un avenir meilleur, alors que les Français entonnent Y’a d’la joie ! avec Charles Trenet.
Chronologie musicale et politique
1790. Création du corps de musique de la Garde nationale.
1792. La Marseillaise.
1793. L’Institut national de musique est créé.
1794. Le Chant du départ.
1795. L’Institut national de la musique auquel le chant est rajouté devient Conservatoire national.
1826. Création des écoles succursales du Conservatoire.
1830. Berlioz arrange La Marseillaise pour orchestre.
Années 1850. Début de l’âge d’or des harmonies et orphéons.
1861. Jules Pasdeloup lance ses concerts populaires.
1866. Le Temps des cerises.
1871. L’Internationale.
1875. Inauguration de l’Opéra Garnier à Paris.
1879. La Marseillaise devient hymne national.
1882. Loi sur l’instruction primaire introduisant la musique à l’école.
1889. Ode triomphale à la République.
1915. Noël pour les enfants qui n’ont plus de maison, de Debussy.
1917. Chanson de Craonne.
1936. Chants du Front populaire. Charles Trenet écrit Y’a d’la joie.
1938. Enseignement du chant pour les classes de la sixième à la troisième."
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