Revue de presse

Sophia Aram : "50 nuances de "racisés"" (Le Point, 8 av. 26)

(Le Point, 8 av. 26) Sophia Aram, humoriste et chroniqueuse, Prix national de la laïcité 2024 15 avril 2026

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Lire "50 nuances de « racisés »".

"Préférant se définir comme un « héritier de l’immigration » plutôt que comme un « racisé », Bally Bagayoko – tout nouveau maire Insoumis de Saint-Denis – précise au micro de Benjamin Duhamel qu’« aucun habitant des quartiers populaires ne se qualifierait spontanément de “racisé” ». Une évidence qui devrait nous interroger sur le mot « racisé » dont l’utilisation dans le vocabulaire courant évolue avec la grâce d’un éléphant dans un magasin de porcelaine républicaine, en commençant par cette question : Comment autant de personnes ont pu se convaincre que segmenter le monde entre blancs-dominants d’un côté, et racisés-dominés de l’autre, constituerait le meilleur moyen de lutter contre le racisme ?

Il est vrai que lorsque le terme est forgé dans le creuset des sciences sociales des années 1970, rien ne le prédispose à devenir un outil de fracturation identitaire, bien au contraire, puisqu’il est utilisé pour décrire la « racisation » des minorités ethniques par un groupe dominant se considérant lui-même comme n’ayant pas de « race ». Ce qui, comme dirait ma grand-mère, ne « mange pas de porc », au bémol près qu’après une période de gestation académique, le terme a été reformaté dans les usines indigénistes à destination de militants d’extrême gauche souhaitant l’utiliser comme un outil de mobilisation identitaire à destination des « quartiers populaires ». Le tout, en feignant de ne pas comprendre que diviser le monde entre blancs et racisés revient à classer les individus en fonction de leur « race » – ce concept biologique qui n’existe pas, rappelons-le – en l’appliquant uniquement aux personnes « de couleur ». Comme si le « blanc » était l’étalon neutre, l’original et que les autres n’étaient que des variations chromatiques, définies par leur altérité.

Le plus fascinant étant d’observer le parallèle entre une extrême droite décomplexée, heureuse de pouvoir utiliser cette grille de lecture ethnique pour servir de la racine chrétienne aux relents identitaires à un électorat populaire généralement « blanc » contre les immigrés. Et de l’autre côté, une extrême gauche faisant de l’islam et la couleur de peau des éléments de l’identité des quartiers populaires victimes du racisme des « blancs ».

Assigné à résidence identitaire
Qu’y a-t-il de plus navrant que d’être assigné à résidence identitaire, qu’il s’agisse d’une assignation à sa couleur de peau, sa religion ou à l’origine de ses ancêtres. Comment ne pas être fatigué par le sentiment qu’on n’en finit plus d’arriver, alors même qu’on est Français depuis deux ou trois générations, que l’on a grandi en France, que l’on travaille en France et que – comble de l’intégration – on râle en bon français ? Comment supporter d’être encore et toujours désigné par l’extrême droite comme des « immigrés de l’intérieur » et par l’extrême gauche comme de « pauvres victimes systémiques » à protéger ? Ne peut-on pas aspirer à être désigné sans préfixe, sans adjectif, sans note de bas de page sur nos ancêtres, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs ?

Mon sentiment est que l’élan commun des deux extrémités de l’hémicycle à vouloir mêler politique, « race » et religion ne nous mènera qu’à une confrontation. C’est pour cette raison qu’il est temps d’encourager tous ceux qui refusent cette assignation identitaire et qui considèrent qu’ils ne peuvent être définis par le regard - fût-il - raciste de l’autre. Tous ceux qui considèrent que la politique est un espace pour défendre des idées, des valeurs républicaines universalistes et non un espace de revendications identitaires, religieuses ou raciales."

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]


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