Revue de presse

"Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le dîner du Crif sans jamais oser le demander" (Sophia Aram, Le Point, 25 fév. 26)

(Sophia Aram, Le Point, 25 fév. 26) Sophia Aram, humoriste et chroniqueuse, Prix national de la laïcité 2024 3 mars 2026

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"Je souris bêtement aux hommes avec oreillettes dont le nombre augmente au fur et à mesure que j’approche de l’entrée, tout en me demandant ce qui, de l’excès de convivialité ou de gravité, pourrait leur paraître le plus suspect. Pour me rassurer face à la présence massive de ces hommes en armes, je me dis qu’il est normal de protéger ceux que l’ensemble des antisémites, de Soral à Caron en passant par Dieudonné, Gaccio, Guiraud ou Portes, désignent comme les « patrons », les « complices-du-génocide-en-cours-à-Gaza », les « dragons célestes » ou encore ceux qui « tirent les ficelles »… Les « ficelles en général ». Et dans ce cas, quoi de plus logique que de protéger les « maîtres du monde » ? Et s’ils se trompent, comment ne pas s’organiser face aux menaces que déclenchent ce genre d’accusations ?

Dès l’entrée, je peux confirmer une chose qui mettra tout le monde d’accord : il y a beaucoup de Juifs au dîner du Crif.

Dans le brouhaha du verre d’accueil, j’observe les invités dont je trouve qu’ils font bonne figure pour des gens qui – à en croire Rima Hassan – auraient été « convoqués » manu militari. De mon côté, je tente de vérifier si le volume de publications indiquant que je « pratiquerais des relations bucco-génitales avec des Juifs » n’a pas suscité d’attentes trop importantes de la part des organisateurs, d’autant que – toujours d’après la meute Insoumise et islamiste – je suis censée être grassement payée pour cela.

Je peux confirmer une chose : il y a beaucoup de Juifs au dîner du Crif.

À propos, je croise Ben, le trésorier du Crif. Un petit homme souriant – kiné dans « le civil » – et dont la bonhomie tranche avec l’image d’une personne qui est censée diriger la finance mondiale. Je lui tends un RIB. Geste qu’il choisit de prendre pour une blague ! Je n’insiste pas.

Une sono poussive tente de mettre fin à l’ambiance de kermesse qui domine. « Il faut rejoindre vos tables », s’époumone l’animateur dans l’indifférence générale. Un haut gradé me salue, il est ému, moi aussi, nous voilà réunis par l’essentiel, l’idéal républicain.

Trente minutes se passent avant que le président du Conseil représentatif des institutions juives de France monte à la tribune, comme on revient au front. Précis, factuel et déterminé, il nous parle de ces familles juives qui ont fui l’antisémitisme, parfois jusqu’en Australie, et qui ont été abattues alors qu’elles célébraient Hanoukka sur la plage de Bondi Beach, à Sydney. Combattre encore et toujours cette vague de haine qui traverse le monde depuis le pogrom du 7 Octobre. Réveiller les consciences, encore.

Le Premier ministre Lecornu enchaîne avec un discours d’une lucidité qui impressionne. Il est à la fois digne et conscient du moment. Il nous parle de ces familles juives qui ont peur de choisir une nounou ou une école pour leurs enfants. L’émotion traverse la salle.

La salle connaît mieux que personne cette haine qui s’installe et les lâchetés qui l’accompagnent, elle sait aussi reconnaître le courage d’un homme politique qui prend ses responsabilités.

Quelque chose de la fête paroissiale
Fin du discours, l’entrée n’est pas encore servie que tout le monde est déjà debout, allant de table en table pour s’embrasser, se saluer, se tenir chaud, rire à nouveau. Le « balagan » (bazar en hébreu) reprend ses droits. On prend des nouvelles de la famille, des uns et des autres. Il y a quelque chose de la fête paroissiale dans ce dîner du Crif qui ne devrait être que joyeux.

Dehors, les antisémites continuent leur sale besogne. Un député Insoumis dont le nom mérite d’être t​u demande à faire la liste des personnes qui participent à ce dîner. D’autres demandent leur démission, les jettent à nouveau en pâture à la vindicte populaire et organisent leur harcèlement sur les réseaux. Sous couvert de la défense des Palestiniens dont ils se fichent éperdument, l’alliance des islamistes et de l’extrême gauche contre les Juifs bat son plein, dans l’indifférence générale. Je me dis, comme de nombreux convives, que si les choses ne s’inversent pas, si les républicains ne se réveillent pas, il faudra partir."

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]


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