(F.-O. Giesbert, Le Point, 15 av. 26) Franz-Olivier Giesbert, journaliste, écrivain 21 avril 2026

Lire "Faut-il interdire d’appeler à la destruction d’Israël ?"
"Qu’y-a-t’il de commun entre Jean-Luc Mélenchon, Rima Hassan, Aymeric Caron et Édouard Drumont, auteur de La France juive, paru en 1886, bréviaire de l’antisémitisme « total » pré-hitlérien et grand succès d’édition en France, puis à l’étranger, qui rejette tous les malheurs du pays sur un mégacomplot juif ?
Ces gens-là ne veulent pas du bien aux Juifs.
Hitler ayant « déshonoré » l’antisémitisme selon la formule humoristique de Georges Bernanos, les antisémites d’aujourd’hui ont pris le masque a priori beaucoup moins clivant de l’antisionisme. Au lieu de réclamer comme feu le Führer l’extermination de la communauté juive d’Europe, qu’il comparait à un « bacille », les nouveaux antisémites se prononcent pour la destruction pure et simple d’Israël. C’est loin, ça ne nous concerne pas.
La survie d’Israël est la meilleure explication de la guerre avec l’Iran, pressé de se doter de l’arme nucléaire, de régler le « problème hébreu » et soutenu de facto par une partie de la gauche française. Si Israël est un jour rayé de la carte comme le veulent la République islamique des mollahs, les Frères musulmans, le mouvement crypto-nazi « Free Palestine », les agités du bocal de LFI et tous les islamistes de la planète, on n’ose penser à ce qui arrivera aux 7,3 millions de Juifs et aux 2 millions d’Arabes israéliens. La Palestine « de la mer au Jourdain » n’est pas un slogan pacifiste, il ne promet que du sang. Mais bon, c’est un sujet tabou, il est interdit d’en parler.
Les nouveaux antisémites peuvent-ils continuer à prôner sans risque la destruction d’un État comme Israël, reconnu par la République française ? C’est la question que doit trancher l’Assemblée nationale en se prononçant sur la proposition de loi de la députée macroniste Caroline Yadan ciblant la dernière mutation du virus antisémite. Ce n’est pas gagné. Les pleutres du MoDem se tortillent sur leur fessier en jouant les effarouchés, tandis que LFI et ses « idiots utiles » se déchaînent contre ce texte certes améliorable qu’ils jugent liberticide. D’où cette pétition nationale qui a déjà obtenu plus de 600 000 signatures et vogue vers le million, sinon bien plus.
Ce serait une faute grave d’entraver même un peu la liberté d’expression à propos du sionisme ou de la politique de Benyamin Netanyahou, que tout le monde doit pouvoir contester : il importera donc de bien circonscrire le champ de la loi. Mais peut-on avoir le droit d’appeler à la destruction d’un pays, donc à un meurtre de masse, dans une démocratie comme la nôtre ? Voyant dans sa proposition une atteinte aux libertés, je m’étais insurgé quand, en 1990, le député communiste Jean-Claude Gayssot avait fait voter la loi éponyme visant à réprimer les actes racistes, antisémites et xénophobes, de même que la négation des crimes contre l’humanité. Merci à lui, mea culpa. Cette belle personne était en avance sur son temps. Son texte aura été, avec le principe de laïcité, l’un des garde-fous qui a empêché la France de sombrer dans la fange où s’enfonce, à bien des égards, ce monde anglo-saxon qui creuse sa tombe en s’adonnant au communautarisme.
Les catholiques sont-ils les prochains sur la liste des boucs émissaires ? De plus en plus communautariste, Mélenchon s’en prend maintenant aux catholiques blancs et ouvriers sur lesquels il ne faudrait pas compter, dit-il, pour instaurer le socialisme. Quant aux Juifs, LFI a depuis longtemps mis, si j’ose dire, une croix dessus. Rien ne nous oblige pourtant à croire que le conflit islamo-israélien finira, au Proche-Orient, par un cataclysme terminal. Pour s’en convaincre, il faut lire l’essai très personnel de Nathan Devers, Aimer Jérusalem [1]. Un surdoué de la philosophie, de tout, avec déjà, à même pas 30 ans, plusieurs livres dignes d’intérêt à son actif. D’où le nombre impressionnant de ses ennemis, toujours un bon signe.
Nathan Devers pense volontiers contre lui-même, particularité hélas de plus en plus rare en Occident, mais toujours pratiquée dans l’État hébreu mais aussi dans le monde arabe, en Égypte, en Jordanie, au Maroc, etc. Si voulez lire un énième plaidoyer en faveur d’Israël, passez votre chemin : habité par les textes sacrés et ses souvenirs de déambulations Aimer Jérusalem emprunte des chemins de traverse avant de clamer son amour pour la Ville sainte, « horizon de la seule ascension qui vaille : le voyage intérieur »."
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
[1] Gallimard, 432 p., 23,50 €.
Lire aussi
dans CLR en régions Soutien au projet de proposition de loi Yadan : nommer, fixer, agir (Collectif, CLR Poitou-Charentes, 9 av. 26),
dans la Revue de presse les dossiers Proposition de loi Yadan (2026), Lois mémorielles (note du CLR).(note de la rédaction CLR).
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