27 septembre 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
"Selon une enquête du Times, quelque 85 « cours de la charia » régiraient les mariages – pour certains polygames –, les divorces ou les successions, créant une justice « privatisée » défavorable aux femmes.

Lire Londres, « capitale européenne de la charia ».
Londres serait devenue la « capitale européenne » des tribunaux de la charia, selon une grande enquête du Times. Ces « conseils de la charia » seraient aujourd’hui au nombre de 85 dans le pays et cette justice serait souvent préférée à celle de l’État. Le quotidien montre aussi que la polygamie est normalisée dans de larges pans de la société britannique.
Dans ces « conseils de la charia », les hommes peuvent simplement mettre un terme à leur mariage en prononçant trois fois le mot « divorce ». La polygamie est un fait ouvertement acquis. Les journalistes ont ainsi testé une application mobile conçue pour la rédaction de « testaments islamiques ». Les hommes peuvent indiquer combien ils ont de femmes, avec un choix allant de 1 à 4. Cette application, approuvée par une « cour de la charia, donne aux filles le droit à moitié moins d’héritage que les garçons.
Alors que la première de ces « cours de la charia » est apparue en 1982, elles seraient aujourd’hui au nombre de 85, réparties dans tout le pays. Elles sont composées d’érudits islamiques et opèrent comme des institutions informelles, régissant les mariages et autres actes de la vie familiale. Quelque 100.000 mariages auraient déjà été enregistrés devant ces cours, la plupart n’étant pas déclarés aux autorités civiles. Ces cours britanniques attireraient de plus en plus de musulmans européens et même nord-américains.
L’une de ces cours de la charia les plus en vue a été fondée par le prêcheur radical Haitham al-Haddad, qui s’est rendu auprès des Talibans après leur retour au pouvoir en Afghanistan. Ses enseignements avaient été déclarés profondément misogynes par Sara Khan, quand celle-ci était chargée de la lutte contre l’extrémisme. « Un homme ne doit pas être interrogé sur les raisons pour lesquelles il a frappé sa femme, car il s’agit d’une affaire privée. Laissez-les tranquilles. Ils peuvent régler leurs problèmes entre eux » a ainsi un jour déclaré le prédicateur lors d’une conférence en ligne.
Alors que ces conseils doivent pouvoir être saisis par les femmes, celles-ci ont confié aux journalistes du Times comment les textes religieux étaient interprétés pour exercer un contrôle sur elles. Les hadiths sont ainsi cités pour stipuler que les femmes doivent accepter d’avoir des relations sexuelles avec leur mari et pour statuer que leur esprit est déficient.
Risques pour les droits des femmes
Des parlementaires s’alarment de cette contre-société s’installant au sein des villes anglaises. Ancienne infirmière, universitaire et membre de la Chambre des Lords, Caroline Cox estime ainsi que ces cours de la charia forment un « système alternatif quasi-juridique en plein développement ». Elle a porté un projet de loi visant à protéger les femmes contre les discriminations fondées sur la religion. Quand elle était ministre de l’Intérieur, l’ancienne première ministre conservatrice Theresa May avait commandé une étude indépendante sur le sujet. Celle-ci avait suggéré la création d’un régulateur gouvernemental afin d’encadrer ces conseils avec un code de pratique. Le gouvernement conservateur avait rejeté la proposition, estimant qu’une telle réglementation risquait de légitimer les conseils de la charia comme une alternative à la loi britannique.
Nick Timothy, député conservateur et ancien chef de cabinet de Theresa May, a demandé à la Commission de l’égalité et des droits de l’Homme d’enquêter sur les conseils. Selon lui, les mariages régis par la charia « devraient être criminalisés s’ils sont célébrés sans les protections d’un mariage civil ». De son côté, l’organisation de femmes Muslim Women’s Network tente de peser sur les normes des conseils de la charia. L’année prochaine, elle doit proposer un code de conduite basé sur les travaux de Rajnaara Akhtar, professeur associé à l’université de Warwick. Ce dernier estime que ces cours doivent notamment respecter la loi sur l’Égalité et faire preuve de transparence.
Directeur de la National Secular Society, Stephen Evans se dit « préoccupé par le glissement vers une justice privatisée et des systèmes juridiques parallèles au Royaume-Uni, qui sapent le principe d’une loi unique pour tous, et par l’impact négatif que cela a sur les droits des femmes et des enfants ». Au Times, un porte-parole de Downing Street a déclaré que « la charia ne peut en aucun cas faire partie du droit en Angleterre et au Pays de Galles et la norme veut que les couples se marient dans le cadre d’un mariage légalement reconnu, qui apporte protection, sécurité et soutien ».
Au printemps dernier, un sondage réalisé par le groupe de réflexion Henry Jackson Society avait déjà suscité une certaine émotion. Seul un musulman britannique sur quatre estimait réels les meurtres et les viols commis par le Hamas le 7 octobre. L’étude montrait aussi que 32% des musulmans interrogés considèrent comme « souhaitable » l’instauration de la charia au Royaume-Uni d’ici à 20 ans, 45% préférant ne pas se prononcer. Une large majorité des sondés (63%) souhaitait aussi l’implantation de salles de prières dans les lieux non-religieux, comme les entreprises ou les écoles."
Voir aussi dans la Revue de presse le dossier Tribunaux islamiques dans la rubrique Royaume-Uni (note de la rédaction CLR).
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