(Le Point, 18 déc. 25) Sophia Aram, humoriste et chroniqueuse, Prix national de la laïcité 2024 24 décembre 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Lire "Sophia Aram : « Amnesty, ma boulangère et moi »".
"Alléluia, mabrouk ou mazeltov ! Deux ans après les massacres du 7-Octobre perpétrés par le Hamas dans le sud d’Israël, Amnesty International les a (enfin) qualifiés de crimes contre l’humanité. Certains voient dans cette reconnaissance tardive une raison de louer « l’objectivité retrouvée » de l’ONG. D’autres soulignent le parti pris qui consiste à faire preuve d’une « pudeur de gazelle » quand il s’agit de nommer l’évidence des crimes commis ce jour-là et à afficher un enthousiasme débordant pour accuser Israël de « commettre un génocide », quand bien même aucune juridiction n’a jamais prononcé de condamnation dans ce sens. Sans parler de la difficulté de l’ONG à dénoncer les crimes commis par le Hamas sur la population gazaouie.
Personnellement, je n’y vois aucune raison de se réjouir ni de s’alarmer, mais plutôt l’occasion d’arrêter de faire semblant de croire que les ONG seraient légitimes pour juger ou dire le droit au sujet des actes commis par le Hamas ou par l’armée israélienne. Ce qui ne les empêche pas de faire leur travail ni d’émettre un avis. Mais s’il n’y a aucune raison de le dénigrer a priori, il n’y a aucune raison de le considérer autrement que comme un avis, justement.
La tendance du Hamas, du Qatar, de militants propalestiniens et de certains intellectuels – en Occident comme en Israël – à considérer que l’avis de ces organisations suffirait à clore le débat n’oblige personne à s’y soumettre. Il n’y a aucune raison de lui accorder davantage d’importance (ni moins, d’ailleurs) que les tweets de Rima Hassan bombardant Israël d’accusations de génocide dès le 15 octobre 2023. Pas plus que les milliers de tweets de ses collègues de croisière ou de la « Katibah insoumise », qui rassemble des esprits aussi brillants et mesurés que Guénolé, Soudais, Delogu ou Caron.
Trois raisons simples
Je n’accorde pas non plus force de loi aux propos de la rapporteure (très) spéciale des Nations unies Francesca Albanese qu’à ma boulangère, pour trois raisons simples.
La première est que seules la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice sont légitimes pour juger ces crimes. Francesca Albanese n’est pas juge et surtout ses sentences répétées et sans appel ne sont pas le fruit d’une procédure judiciaire, loin s’en faut.
La deuxième raison tient au fait qu’Albanese est une militante propalestinienne élue à la tête d’une commission, ce qui ne lui confère pas plus d’objectivité qu’à l’ambassadeur d’Arabie saoudite en matière de condition des femmes depuis qu’il a été élu à la tête de la Commission du statut des femmes (CSW) à l’ONU.
Enfin, la troisième tient – et j’ai conscience que c’est très subjectif – à la personnalité de ma boulangère, que je trouve nettement plus équilibrée qu’Albanese.
Accusation jubilatoire
Alors voilà : s’il est possible que l’intention d’éradiquer toute forme de présence juive au Moyen-Orient, martelée par les dirigeants du Hamas depuis des années et suivie de sa mise en œuvre documentée le 7 octobre, soit un jour qualifiée de génocide, j’attendrai pour ma part qu’une cour de justice prononce cette condamnation pour considérer qu’il s’agit d’autre chose que d’une hypothèse. Je n’interdirai à personne le droit de penser le contraire et je ne m’autoriserai pas non plus à les traiter de « génocidaires » ou de « complices de génocide ». Parce que je considère que, dans un pays démocratique, on n’accuse pas ses contradicteurs de génocidaires – ni gratuitement, ni dans l’espoir qu’ils soient boycottés, molestés ou abattus.
La dernière raison qui me pousse à douter de la bonne foi de ceux qui portent des accusations de génocide contre l’État d’Israël depuis sa création tient au fait qu’accuser des Juifs de commettre un génocide semble, pour certains, aussi jubilatoire que de relier dans une blagounette le Premier ministre de l’État juif à Hitler par son prépuce."
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