(Abnousse Shalmani, Le Point, 28 août 25). Abnousse Shalmani, journaliste, essayiste, écrivain et réalisatrice, présidente du jury du Prix de la Laïcité 2023 3 septembre 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Lors d’un déjeuner estival où les convives ont tendance à un relâchement bienvenu et où la relative sincérité des propos permet de mesurer des tendances jusqu’alors plus ou moins dissimulées, une idée m’a littéralement sauté à l’esprit. Chacun semblait coincé dans la défense de son petit territoire, de son monde restreint, de son identité réduite au taux d’inflation, à la retraite, à la tranquillité d’esprit du quotidien.
Il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut pas cultiver son jardin et protéger ses acquis historiques mais que, justement, pour les soutenir, il faut sortir la longue-vue, balayer l’horizon, faire lien entre les ailleurs et ici, entre mourir pour Kiev et maintenir l’esprit, la manière de vivre à la française, à l’européenne. Le cloisonnement obtus des vues, des faits, des idées serait-il un marqueur puissant, rendant plus illisibles encore l’analyse, les liens, la projection ?
Ainsi de la quasi-impossibilité d’établir une relation entre la guerre en Ukraine et le danger réel que représente la Russie pour la France. Comme il paraît évident que les chars russes ne vont pas se présenter aux portes de Paris, on pense qu’il serait bon que l’Ukraine concède ses territoires perdus sans mesurer la déstabilisation systématique pratiquée par la Russie poutinienne dans les frontières de l’Hexagone, qui est une guerre pour de vrai – moins la kalachnikov (les étoiles de David au pochoir, les attaques informatiques, le montage en épingle de faits divers, etc.). D’autant plus que perdre l’Ukraine équivaudrait à renoncer à l’honneur, à la sphère d’influence de l’Occident, à entamer davantage l’attractivité de l’Europe.
L’aveuglement préside en majesté
Nous avons pourtant assisté, lors des votes demandés par les Occidentaux contre la Russie à l’ONU, à un désaveu du « Sud global » – en réalité le monde antioccidental. Et les choses s’aggravent depuis le retour de Donald Trump à la présidence américaine. En malmenant l’Occident (l’Europe comme l’Asie prodémocratie), en réservant ses louanges aux pétromonarchies du Golfe (où il peut faire du business pour son propre compte), en affichant une amitié virile avec Poutine, en se présentant comme le chantre de la paix (les interminables accords en cours entre le Rwanda et la RDC, la paix de dupes entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’apaisement illusoire avec la « mollahrchie », etc.), Donald Trump démonétise les Lumières européennes, ringardise les valeurs occidentales. Et pourtant. L’inertie intellectuelle face au danger russe comme le mépris du Sud global disent la courte vue qui s’installe dans la société française, nous rendant vulnérables à la tentation totalitaire russe comme islamiste.
L’aveuglement préside en majesté dès qu’il s’agit de faire le lien entre le Hamas, l’entrisme de l’idéologie islamiste (qui déborde celui des Frères musulmans tant celle-ci s’est incrustée dans la société française), l’antisémitisme, l’homophobie, l’antidémocratisme. Que les choses soient claires : porter le voile ne veut pas dire soutenir les atrocités commises par le Hamas, mais « normaliser » le Hamas, légitimer les massacres du 7 Octobre au nom de l’antisionisme (qui est un antisémitisme fréquentable) prescrit par l’idéologie islamiste rend audible le discours qui fait de l’homosexualité une spécificité occidentale (le colonisé homosexuel est victime du postcolonialisme), du corps de la femme un objet de prédation pour tout homme, du voile une saine affirmation religieuse et non une agressive propagande politique, de la démocratie une héritière de la mission civilisatrice coloniale.
Ne pas faire de lien entre la libération des otages israéliens et la paix à Gaza, accepter le Hamas comme un mouvement de résistance et ne pas voir les islamistes user, au nom de la guerre à Gaza, de la pression communautaire dans les quartiers, les universités, les associations sportives à travers la sévère censure des critiques contre l’islamisme, c’est baisser les bras devant un totalitarisme qui annihilera sans pitié la paix occidentale d’aujourd’hui et de demain.
Comité Laïcité République
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