(Le Point, 30 oct. 25) Abnousse Shalmani, journaliste, essayiste, écrivain et réalisatrice, présidente du jury du Prix de la Laïcité 2023 4 novembre 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
"La fille d’un dignitaire iranien se marie... en décolleté. Une provocation alors que débute une nouvelle campagne pro-voile.

Lire " Voile : « Tartuffe au pays des mollahs »".
Il était une fois une petite fille qui imaginait son mariage : la longue robe blanche, la traîne de son long voile blanc transparent et aérien posé délicatement sur ses longs cheveux noirs, la joie teintée de fierté de ses parents, une nuit interminable de fête… Et c’est exactement ainsi que s’est déroulée la cérémonie tant attendue. Tout cela serait d’une banalité consternante si le père de la mariée n’était pas l’amiral Ali Shamkhani, si le mariage ne s’était pas déroulé à Téhéran (plus précisément, dans le très luxueux hôtel Espinas Palace), et s’il n’avait pas coûté environ 57 000 dollars.
Rien que cette somme – alors que le pays des mollahs vit une crise économique interminable et dévastatrice, avec une inflation qui s’envole au-delà des 40 %, des centaines de milliers d’Iraniens malnutris et des jeunes gens qui ne peuvent pas se marier par manque de moyens – suffirait à disqualifier Ali Shamkhani. La biographie de cet amiral est impressionnante : il a été l’un des fondateurs du corps des gardiens de la Révolution islamique, commandant de la marine des gardiens de la Révolution pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), seul membre de la mollahrchie à avoir commandé à la fois la marine des gardiens de la Révolution et celle de l’armée régulière (Artesh), conseiller militaire du guide suprême Ali Khamenei, et j’en passe.
Le pourrissement d’un régime
Mais il y avait surtout la robe bustier, les épaules nues de la mariée, ses cheveux découverts, son décolleté plongeant, ainsi que le dos nu et les cheveux relevés en chignon de la femme de l’amiral – ce dernier accompagnant sa fille pour une longue procession à l’occidentale alors que la tradition iranienne préfère que les couples s’avancent ensemble – et la musique honnie par la mollahrchie, les chants, la joie, les danses, tout ce qui est prohibé pour la majorité des Iraniens, étalé aux yeux de tous après la fuite d’une vidéo qui sème le chaos en République islamique d’Iran.
Quand la mollahrchie ne tient qu’à un décolleté, on ne peut voir dans ce mariage à l’occidentale que le pourrissement d’un régime. D’autant plus que, en tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale en 2022, Ali Shamkhani est directement responsable de la répression violente qui s’est abattue sur les manifestants après l’assassinat de Mahsa Amini pour un voile mal porté qui a fait – je le rappelle pour les distraits – 551 morts dont 68 mineurs, plus de 19 262 personnes emprisonnées, des centaines de manifestants exécutés après des procès inéquitables et des familles de victimes harcelées, arrêtées, menacées de mort pour les empêcher de réclamer justice.
La fuite de la vidéo intervient quelques jours après l’annonce du déploiement de 80 000 nouveaux agents de la police des mœurs à Téhéran pour renforcer l’application du port obligatoire du voile dans le cadre d’une nouvelle campagne appelée plan Noor (lumière) avec des patrouilles de sécurité accrues dans les espaces publics, des peines de prison et de flagellation pour les femmes et les filles (dès 12 ans) qui refusent de couvrir leurs cheveux en public, des fermetures massives des commerces dont les employées sont dévoilées et une intensification de la surveillance vidéo pour identifier les femmes non voilées. La mollahrchie n’est pas obsédée par les cheveux (qui ne sont que des poils ayant réussi) mais par le voile, qui est l’étendard de l’islamisme sans lequel les mollahs se retrouvent nus idéologiquement.
La disparition du voile, c’est l’échec cuisant de l’islamisation de la Perse après quarante ans de propagande, d’interdits, de délires barbus, de turbans vertueux jusqu’à l’étouffement. Le refus du voile, c’est le refus de la honte d’être femme, la revendication de l’égalité, une affirmation bravache de l’individu, un pas de plus vers la révolution. Et me revient ironiquement en mémoire cette réplique écrite par Molière, dans Tartuffe : « Et mal n’est jamais que dans l’éclat qu’on fait / Le scandale du monde est ce qui fait l’offense / Et ce n’est pas pécher que pécher en silence. » Vive les péchés bruyants qui feront enfin trébucher les mollahs !"
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