Revue de presse

"Laïcité : le Danemark tourne autour du mot" (Charlie Hebdo, 18 juin 25)

(Charlie Hebdo, 18 juin 25) 22 juin 2025

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

"Au Danemark, on commence à tordre le bras de Dieu… mais sans le dire trop fort. La Première ministre parle démocratie, voile et priorité de la loi devant Dieu sans jamais prononcer le mot qui fâche : laïcité. On appelle ça tourner autour du bénitier.

Julie Lescarmontier

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Chers amis danois, vous y êtes presque. « Dieu doit céder le passage. On a le droit d’être croyant et de pratiquer sa religion, mais la démocratie a la priorité », a dit Mette Frederiksen, Première ministre sociale-démocrate du royaume. C’était le 5 juin dernier, lors de l’une de ses déclarations en faveur d’une extension de l’interdiction du niqab – voile intégral ne laissant apparaître que les yeux des femmes – dans les écoles et les universités, déjà illicite dans l’espace public. Voyez-vous, par chez nous, on appelle ça la « ­laïcité ». On peaufine le concept depuis 1905 et, quoi qu’en disent les lèche-curé de droite et les suce-mollah de gauche, c’est bougrement efficace. Cela permet d’abord de tenir à l’écart de notre organisation de la vie politique les dogmes tombés du ciel. Et, accessoirement, de mettre un peu d’égalité et d’émancipation dans ce bas monde.

Au pays des corans brûlés
Mais tempérons un peu notre enthousiasme sur ces dernières annonces ministérielles danoises. Selon Cyril Coulet, chercheur spécialiste des pays nordiques, « au Danemark, ces nouvelles mesures sur le voile sont moins vues comme un combat contre le religieux qu’un combat contre le culturel. On est plus proche d’une politique d’intégration, voire d’assimilation, que d’une politique de laïcité à la française », explique-t-il à Charlie. Depuis 2019, par exemple, il faut accepter de serrer la main à un maire ou à un fonctionnaire d’État pour devenir citoyen, manière de freiner certains candidats à la naturalisation parfois hostiles à toucher une personne du sexe opposé.

Surtout, dans le même temps, au pays du Jyllands-Posten, le blasphème est toujours puni par la loi. En 2017, pourtant, on avait bien cru que c’était enfin de l’histoire ancienne. Le texte de 1866 condamnant « celui qui, publiquement, insulte ou tourne en dérision la doctrine ou le culte d’une communauté religieuse légalement reconnue » était supprimé. Seulement six ans plus tard, en 2023, pour tenter de répondre aux troubles engendrés par quelques corans brûlés par des provocateurs d’extrême droite, un nouveau texte antiblasphème a ressurgi dans la loi danoise. Interdisant, cette fois, « le traitement inapproprié d’objets à signification religieuse ». Pas d’autodafés pour le Coran ou la Bible, même quand ils sont utilisés comme des programmes politiques, mais open bar pour Le Capital, de Karl Marx, ou La Richesse des nations, d’Adam Smith, donc. Charlie, d’ailleurs, vous en avait déjà parlé en septembre 2023, dans un appel pour alerter les citoyens attachés aux valeurs démocratiques et à la liberté d’expression sur les dangers d’une telle loi, appel publié en collaboration avec plusieurs journaux scandinaves.

Chers amis danois, et si vous vous attaquiez un peu à votre « appareillage idéologique inexistant » sur la religion, comme le formule Cyril Coulet ? Ce n’est qu’à cette condition, et pas avec des lois de circonstances, que Dieu cédera le passage."


Voir aussi dans la Revue de presse la rubrique Danemark, le dossier Caricatures danoises (note de la rédaction CLR).


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