Revue de presse

"Rima Hassan, activiste en eaux troubles" (Le Figaro, 26-27 juil. 25)

(Le Figaro, 26-27 juil. 25) 26 juillet 2025

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

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Lire "Palestine : Rima Hassan, l’activiste en eaux troubles qui a dressé la gauche contre Israël"

ENQUÊTE - Sulfureuse égérie de l’islamo-gauchisme, l’eurodéputée Insoumise s’est imposée comme la coqueluche mélenchoniste à deux ans de la prochaine présidentielle.

Rares sont ceux qui, en politique comme ailleurs, connaissent une si fulgurante ascension. Quasiment anonyme il y a encore deux ans, Rima Hassan s’est imposée aujourd’hui comme une figure de premier plan du débat public. La trentenaire a même fait en juin son apparition - devant Emmanuel Macron - dans le très prisé baromètre Ifop/Paris Match, qui dessine depuis un quart de siècle le paysage politique français. Et nul doute que l’officialisation, jeudi soir par le président de la République, de la reconnaissance par la France de l’État de Palestine devrait propulser une nouvelle fois l’eurodéputée sur le devant de la scène.

En coulisses, d’aucuns l’imaginent déjà succéder carrément à Jean-Luc Mélenchon après la prochaine présidentielle, en prenant la tête de La France insoumise. D’autant que ses quelque 69 % de bonnes opinions chez les électeurs LFI accréditent cette thèse, en la rendant plus populaire que les fidèles lieutenants Manuel Bompard et Mathilde Panot.

Pour cette juriste de formation, longtemps cantonnée aux milieux activistes propalestiniens, tout commence il y a un an et demi à peine. Lorsque Jean-Luc Mélenchon lui propose une position éligible pour les européennes, ce que l’intéressée accepte de bon cœur. Durant les trois mois de campagne, elle éclipse la tête de liste Manon Aubry, invisibilisée par l’inséparable duo que forment le triple candidat à la présidentielle et sa nouvelle coqueluche, axant tout leur discours sur Gaza. À coups de scandales et de cris d’orfraie, s’appuyant sur la force de frappe des réseaux sociaux, ils contribuent plus que n’importe qui d’autre à importer le conflit israélo-palestinien en France pour mobiliser les cibles électorales de LFI : quartiers populaires et jeunesse étudiante - ou tout juste diplômée. Ainsi, du statut de dirigeante d’une ONG confidentielle travaillant sur les camps de réfugiés, intervenant quelques fois à la télévision, la militante est devenue une véritable égérie, sulfureuse incarnation de « l’islamo-gauchisme ».

Cette mue s’est opérée au prix d’une radicalisation du discours. Invitée de RFI le 3 octobre 2021, en sa qualité à l’époque de présidente de l’Observatoire des camps de réfugiés, Rima Hassan se montre d’une extrême prudence s’agissant du conflit séculaire entre Israël et la Palestine. Lorsque l’animatrice lui demande si elle considère les Israéliens comme des « ennemis », l’invitée, native de Syrie, répond : « C’est compliqué pour moi dans la mesure où je n’ai pas une expérience directe du conflit dans la mesure (sic) où je n’ai jamais vécu en Palestine. » Elle préfère circonscrire son discours à la seule question des réfugiés, statut par lequel elle a elle-même obtenu la nationalité française. La jeune femme confie malgré tout dans un sourire qu’elle apprend l’hébreu avec sa sœur, « pour (s)’imprégner des revendications de ce peuple et de son histoire ». Elle considère enfin « indispensable » d’aller « vers et pas contre » le peuple israélien.

Délégation d’influenceurs
Une position diamétralement opposée à l’hostilité qu’elle manifeste aujourd’hui vis-à-vis d’un pays qu’elle qualifie de « génocidaire » à l’envi. Sans compter sa glorification de « l’action légitime » du Hamas en dépit des massacres du 7 Octobre, et ses réquisitoires antisionistes, comme lorsqu’elle emploie sur X, le 5 novembre 2023, l’expression « from the river to the sea » . Un slogan qui traduit le souhait de voir advenir un État palestinien « du fleuve (Jourdain) à la mer (Méditerranée) », ce qui revient à rayer l’État juif de la carte. L’expression lui a valu d’être convoquée par la police judiciaire dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ». L’instruction est toujours en cours, selon le parquet de Paris qui la diligente, sans qu’aucune décision d’orientation n’ait été prise à ce stade.

De surcroît, l’eurodéputée ne craint pas de s’afficher avec des personnalités pour le moins compromettantes. En mars dernier, elle participe à un débat organisé par Paroles d’honneur, un média décolonial en ligne animé par des proches de la militante indigéniste Houria Bouteldja, tristement célèbre pour ses positions à caractère raciste, antisémite ou encore homophobe, notamment dans son livre Les Blancs, les Juifs et nous (Éd. La Fabrique). Rima Hassan y a débattu avec Yanis Varoufakis, figure de l’extrême gauche grecque, récemment interdit d’entrer sur le territoire allemand « afin d’empêcher toute propagande antisémite et anti-israélienne lors de l’événement » auquel il devait participer. Durant sa prise de parole aux côtés de l’élue Insoumise, l’ancien ministre d’Aléxis Tsipras s’en est pris à « l’État-génocide » qui transforme Gaza, selon ses dires, en « camp de concentration », prenant un soin particulier à filer la métaphore avec la Shoah.

Quelques mois plus tard, Rima Hassan participe à une première expédition organisée par la Coalition de la flottille de la liberté sur un navire, le Madleen, en direction de la bande de Gaza, périple qu’elle met en scène jusqu’à son interception par la marine israélienne. Une action « symbolique », de son propre aveu, dont le retentissement médiatique l’a convaincue de renouveler l’expérience à la rentrée de septembre, ainsi qu’elle l’a annoncé sur Beur FM. Ce, alors que deux parlementaires LFI ont pris son relais cet été, en embarquant à bord du Handala en début de semaine. Sans toutefois compter à leurs côtés cette fois un certain Thiago Avila, camarade de fortune de Rima Hassan en juin. Ce militant brésilien a fait partie d’une délégation d’influenceurs étrangers invitée en février par le Hezbollah aux funérailles de leur chef assassiné, Hassan Nasrallah. Le compagnon de voyage de Rima Hassan a ainsi loué sur ses réseaux sociaux un « martyr » et une « figure historique de la lutte anticoloniale », alors même que la branche armée de l’organisation libanaise, proche du régime iranien, est considérée comme terroriste par l’Union européenne.

L’opération « Flottille de la liberté » était en outre orchestrée par Zaher Birawi, un Palestino‑Britannique accusé d’être un agent du Hamas, notamment par les autorités israéliennes, ce qu’il nie en s’appuyant sur l’absence de preuve formelle. L’homme apparaît malgré tout sur plusieurs clichés aux côtés d’Ismaël Haniyeh, l’ancien chef - également assassiné - de l’organisation palestinienne, qui est elle aussi financée par le régime des mollahs en Iran et considérée comme terroriste par le Conseil de l’Union européenne.

Services secrets iraniens
De la même manière, Rima Hassan et d’autres cadres de LFI se sont affichés ces derniers mois aux côtés de différentes personnalités pour le moins controversées. Parmi lesquelles Georges Ibrahim Abdallah, marxiste libanais propalestinien libéré vendredi, sous les applaudissements mélenchonistes, après quarante ans d’emprisonnement « pour des faits de terrorisme ». Ou encore Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, accusé par les services secrets israéliens d’appartenir au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation marxiste prônant le nationalisme arabe, elle aussi proche du régime iranien et classée terroriste par l’Union européenne. Rima Hassan a partagé l’estrade avec l’intéressé dans un certain esprit de connivence à la Fête de l’Humanité il y a plusieurs mois.

« Les services secrets iraniens se sont servis du FPLP ces dernières années pour approcher des militants d’extrême gauche en Europe », décrypte Emmanuel Razavi, auteur récemment avec Jean-Marie Montali de La Pieuvre de Téhéran (Éd. du Cerf), une « enquête sur les espions et les agents d’influence iraniens en Europe et aux États-Unis ». Le spécialiste de l’Iran explique qu’il y a eu, dès les années 1970, « une fraternisation entre les islamistes iraniens et des membres d’organisations marxistes internationalistes, qui ont opéré une convergence autour de la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme que représentait leur ennemi commun : l’Occident ». Depuis, le régime des mollahs a utilisé les organisations européennes d’extrême gauche « pour faire passer des messages favorables à la République islamique d’Iran », selon Emmanuel Razavi, qui ajoute que c’est particulièrement le cas dans le contexte que nous connaissons actuellement.

De proche en proche, des doutes ont affleuré sur les liens que Rima Hassan elle-même pourrait entretenir avec certaines puissances étrangères du monde musulman. Il en va notamment de l’Algérie, dont son collègue Sébastien Delogu « embrasse le drapeau », et où elle dit avoir « trouvé un chez moi ». Une « Mecque (…) des libertés », comme elle l’appelle, où il ne fait cependant pas bon être journaliste ou écrivain, puisque Christophe Gleizes et Boualem Sansal y ont tous deux été arbitrairement arrêtés, condamnés et enfermés. Sans jamais trouver le soutien de Rima Hassan, qui n’a pas hésité à voter « contre » la « libération immédiate et inconditionnelle » de l’octogénaire au Parlement européen.

Dénonciation des années de dictature de la Syrie
Il en va aussi de l’Iran et ses alliés régionaux. La Syrie notamment, où l’élue Insoumise a passé les dix premières années de sa vie. Son père a servi dans l’armée de l’air syrienne sous le régime des Assad et sa mère est issue d’une grande famille de la bourgeoisie d’Alep. Lors de la chute de Bachar al-Assad en décembre dernier, Rima Hassan s’est fendue d’un tweet pour regretter que la révolution syrienne ait « été confisquée par les puissances régionales et occidentales », évoquant les « quatorze années de dictature et d’impasse qui ont sacrifié la vie de millions de civils syriens ». Unique expression sur ce sujet, qui ne mentionne ni les crimes du père de Bachar al-Assad, ni le recours par son fils aux armes chimiques, pourtant au cœur de la guerre civile syrienne.

Bachar al-Assad s’en est au surplus pris à des camps de réfugiés palestiniens implantés dans le pays, en particulier le camp de Yarmouk, au sud de Damas. L’UNRWA, organisation onusienne dont se réclament régulièrement Rima Hassan et les Insoumis, a documenté la mort de nombreux réfugiés palestiniens à cause de la famine, des maladies et des bombardements du régime, qui a imposé un blocus à Yarmouk à partir de 2013. L’eurodéputée, qui se montre si prompte à dénoncer les « crimes de guerre » commis selon elle par Israël, se révèle en l’espèce mutique. Les 500.000 morts de Bachar al-Assad, comprenant donc des réfugiés palestiniens, ne méritent manifestement pas le qualificatif de « génocide » dont elle accable Israël, sans au reste que cela soit pour l’heure fondé en droit. « La Syrie, c’est un sujet très très compliqué pour moi, car la proximité avec ma famille est très concrète », a-t-elle récemment éludé dans une interview.

Un argument qui ne convainc pas, tant s’en faut, le défenseur franco-syrien des droits de l’homme Firas Kontar pourtant juriste et militant de la cause palestinienne, comme Rima Hassan. Dans une publication sur son compte Facebook, très suivi, il s’en est pris récemment à l’eurodéputée. « Imaginez qu’un réfugié né à Alep, la seule ville que connaissent ses parents, parte s’installer en France et en devienne citoyen. Pendant des années, ce citoyen français regarde sa ville natale brûler sous les bombes des criminels Assad, Poutine et le Hezbollah, sans jamais manifester la moindre solidarité avec les habitants d’Alep. Qu’il n’oublie pas ses origines palestiniennes et appelle le monde entier à se solidariser avec la tragédie à Gaza. Que cette même personne ait accepté de se faire élire sur la liste des soutiens aux criminels Assad, Poutine et le Hezbollah… Et qu’elle soit allée en Syrie, sous le régime d’Assad, manger des falafels à deux reprises, dont une fois après avoir été élue au Parlement européen. Montrez-vous solidaire, si vous le souhaitez, avec le buzz Instagram en cours. Moi, je ne le suis qu’envers les Palestiniens, dont j’ai toujours défendu le droit à l’autodétermination et condamné les crimes dont ils sont victimes, non seulement de la part d’Israël, mais aussi de ceux qui ont instrumentalisé leur souffrance : Assad, le Hezbollah, l’Iran… »

Toute-puissance des algorithmes
Il faut dire que Rima Hassan est devenue à elle seule une arme de communication massive sur les réseaux sociaux, des espaces où la nuance et la complexité ne sont pas lucratives. Son compte Instagram vient de dépasser le million d’abonnés, son compte X avoisine les 400.000 « followers », contre près de 460.000 sur TikTok… Autant de canaux dédiés quasi uniquement à la défense de la cause palestinienne et à la critique d’Israël. Chaque fois, une même charte graphique soignée aux couleurs du drapeau palestinien, des extraits vidéos ciselés, du contenu très incarné qui la met en scène. Comme n’importe quel influenceur.

Bien que députée européenne désignée au suffrage universel, Rima Hassan ressemble moins à l’élue traditionnelle qu’à ce que la sociologue Laurence de Nervaux a appelé dans une récente note de la fondation Jean Jaurès des « entrepreneurs identitaires indépendants ». Tout comme l’activiste suédoise Greta Thunberg, avec qui Rima Hassan a embarqué sur la Flottille de la liberté en juin, ces entrepreneurs identitaires utilisent les réseaux sociaux pour pousser toujours plus loin le degré d’hostilité envers le camp adverse et exalter une identité propre. Pour Rima Hassan, cette identité se fonde sur la figure du « colonisé », de l’opprimé, face au « colonisateur », incarné dans son esprit par Israël.

Pour se figurer la mécanique à l’œuvre, appelée polarisation affective par les sciences sociales, la spécialiste turco-américaine des réseaux sociaux Zeynep Tüfekçi reprend l’image des supporteurs de football dans un stade. « De chaque côté, les supporteurs forment un groupe soudé, dont les membres se ressemblent. Mais chaque groupe entend crier, (depuis) l’autre côté du stade, les supporteurs du camp adverse. Et c’est justement cette double circonstance, d’être entourés des siens, mais aussi d’entendre ses adversaires, qui décuple l’ardeur à crier plus fort qu’eux », complète Laurence de Nervaux. On retrouve dans cette métaphore l’usage hargneux et compulsif que Rima Hassan fait d’internet.

Ce faisant, Jean-Luc Mélenchon a compris que la trentenaire pouvait devenir un puissant moteur de mobilisation, notamment électorale, dans une époque marquée d’une part par le désabusement vis-à-vis de la classe politique traditionnelle, et d’autre part par la toute-puissance des algorithmes qui favorisent - et donc encouragent - la radicalité. « L’écologie avait été la ligne de force de sa campagne présidentielle en 2022, mais le thème central se déplacera en 2027 vers la cause palestinienne, qui symbolise aux yeux de Jean-Luc Mélenchon et de son électorat la lutte contre l’oppresseur, presque le combat du bien contre le mal, dans une actualité qui sera dominée par Donald Trump et la situation au Proche-Orient », analyse un responsable politique de premier plan.

Le cadre Insoumis Antoine Léaument le confirme : « La prochaine présidentielle va se jouer sur des questions programmatiques de fond, mais aussi sur des considérations identitaires. » Et de prévenir : « Beaucoup de nos cadres ont plein d’abonnés sur les différents réseaux sociaux. Dans une phase de campagne présidentielle, où d’un coup tout le pays s’intéresse à la politique, cela constitue une force de frappe considérable. » C’est tout le sens du concept de « créolisation », théorisé par Jean-Luc Mélenchon comme une réponse au « grand remplacement » - au point de le pousser à plaider pour changer le nom de la langue française. Idem avec son abandon de l’anticléricalisme, qui l’a finalement conduit à assumer la terminologie « islamophobie » qu’il récusait, et à confesser son émerveillement devant la « soumission à Dieu » que le voile islamique véhiculerait.

Autant d’évolutions qui ont dérouté une partie de ses anciens camarades, notamment la gauche laïque qui cheminait à ses côtés il y a à peine dix ans, dans la foulée des attentats de Charlie Hebdo. Mais pas de quoi perturber Jean-Luc Mélenchon pour autant, bien au contraire. Le troisième homme de la dernière présidentielle a même profité d’un rassemblement place de la République pour encourager les « jeunes filles » à suivre l’exemple de Rima Hassan, comparée à son retour d’Israël à « Victor Hugo de retour de Guernesey ». Rien que ça.


Voir dans la Revue de presse le dossier Rima Hassan dans La France insoumise (LFI) (note de la rédaction CLR).


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