31 juillet 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
"Les railleries de Sophia Chikirou à l’encontre de Fabien Roussel sur le Tour de France ne sont pas anecdotiques. Cette proche de Jean-Luc Mélenchon souligne que La France insoumise se détourne de l’électorat populaire pour celui des banlieues et des jeunes diplômés.

Lire "Et voilà que les Insoumis méprisent le peuple !"
Les Insoumis méprisent-ils le peuple ? Cette question a priori iconoclaste a été relancée aussi bien par Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, que par le sondeur-politologue Jérôme Fourquet dans les colonnes du Figaro. Pourquoi cette polémique est-elle repartie comme un incendie de forêt à l’été ? Ce qui a mis le feu, c’est un retweet de la députée LFI Sophia Chikirou d’une photo représentant le secrétaire général du PC Fabien Roussel applaudissant au passage de la caravane publicitaire du Tour de France la voiture 2 CV de Cochonou avec ce simple et méprisant commentaire : « j’ai ri ! ».
Sur X, cette moquerie contre le leader du PCF, qu’elle avait comparé autrefois à Jacques Doriot, ce responsable communiste qui était passé du côté des nazis, a provoqué en chaîne des réactions virulentes contre « l’insupportable mépris de classe de Chikirou ».
Le décryptage par Jérôme Fourquet de l’image moquée par la très proche de Jean-Luc Mélenchon mérite qu’on s’y arrête. Car le sondeur souligne à quel point tous les signes ici font sens : la nappe à carreaux, la 2 CV, et Cochonou « le saucisson bien de chez nous »…
Ce qu’applaudit Roussel, ce sont les pique-niques des congés payés de 1936, héritage, pour lui sacré, du Front populaire. Un héritage que rejettent les Insoumis. Car ce « populaire »-là n’est plus leur cible électorale. Le Tour de France, ce n’est pas leur truc ! Aux écologistes non plus…
Haro sur la France « popu »
Ainsi se souvient-on du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, qui avait refusé d’accueillir la caravane publicitaire du Tour de France accusée de « machisme et de pollution ». La députée Verte Sandrine Rousseau avait elle aussi brocardé le leader communiste Fabien Roussel à cause de son goût pour la viande rouge et le barbecue, selon elle « symbole de virilité ».
En fait, cette gauche insoumise et écolo rejette une France « popu » qu’elle trouve moisie, la France d’autrefois avec le béret et la baguette qu’avait arborée Jean Dujardin pour l’inauguration de la coupe du monde de rugby et qu’ils avaient sifflée. Jean-Luc Mélenchon célèbre désormais un culte de la « créolisation », et déteste, à en croire le député ex-LFI François Ruffin, ces gens d’en bas qui, dès le matin, « sentent l’alcool et sont presque tous obèses ». Voilà qui transpire une obscène condescendance. Mais cette distance envers cette partie du peuple correspond d’abord à un choix politique.
Stratégie électorale
Il y a un peu plus de trois ans, Eric Coquerel, président LFI de la commission des Finances à l’Assemblée nationale, nous avait ainsi expliqué à Maurice Szafran et à moi-même, la nouvelle stratégie du parti mélenchoniste appliquée depuis à la lettre : « le RN de Marine Le Pen a mis la main sur l’électorat populaire abandonné par le PS et le PC. Inutile de s’épuiser à tenter de le récupérer. Il a basculé, son ancrage à l’extrême droite est trop profond. Cap donc sur les électeurs des cités et sur les jeunes diplômés qui sont réfugiés dans une abstention dont on peut les sortir » (*). Cette ligne-là, les Insoumis l’ont appliquée scrupuleusement.
Quand Mélenchon contraint à soutenir Hanouna !
Ils ont mené toute leur récente campagne européenne sur la défense de Gaza et la dénonciation d’Israël. Les drapeaux palestiniens sont devenus ceux de LFI dans les universités ou lors des rassemblements, souvent violents, après les victoires du PSG. Une stratégie radicale qui a permis de solidifier un socle électoral (10 à 15 %).
Faire trébucher le PS
Cette démarche sera poursuivie pour les prochaines élections municipales en 2026, avec en particulier les récentes sorties de Mathilde Panot, la cheffe des députés LFI, contre l’armement des polices locales et la vidéo surveillance. Pour Mélenchon et les siens, il ne s’agit pas forcément de gagner une série de villes importantes, mais surtout et d’abord de faire… perdre (!) quelques « grands » maires socialistes afin que le PS ne puisse pas se présenter comme la première force de gauche aux lendemains de ce scrutin qui précède le match présidentiel.
Mais peut-on remporter cette compétition suprême en méprisant à ce point cette partie du peuple qui adore le Tour de France ? C’est une vraie interrogation.
(*) Eric Coquerel conteste cette citation. Il va de soi que je la confirme puisque nous étions deux, Maurice Szafran et moi-même, à avoir relevé cette phrase importante. Éric Coquerel nous fait savoir qu’il « n’a jamais pensé qu’il fallait abandonner l’électorat populaire, mais qu’il n’était pas prioritaire d’aller récupérer celui qui vote RN au prix de ne plus parler de racisme et au risque d’être inaudible ». Ce qui veut donc dire que, pour LFI, l’électorat des cités est donc bien prioritaire. Nous n’avons jamais prétendu autre chose."
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