Guylain Chevrier, docteur en histoire, enseignant et formateur en travail social, membre du Conseil d’administration du Comité Laïcité République 20 juin 2026
"Banalisation du narcotrafic et désarmement de la police : la dérive démagogique de la « Nouvelle France » selon LFI. Invité d’un show sur YouTube, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a suscité l’indignation en affirmant « respecter le parcours » des dealers de sa commune.

Lire "Show Bally Bakayoko et banalisation des dealers : mais où s’arrêtera la funeste démagogie de LFI ?".
Il y a deux semaines, le 29 mai dernier, à La Marbrerie à Montreuil, dans le cadre de Zawa prod, chaine YouTube, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, était l’invité du « Zawa show », avec en sous-titre « Être maire de la Nouvelle France (banlieue, Mélenchon, projet politique…) » . Et ce, pour une heure d’interview par deux animateurs, Ilies et Wissam, totalement acquis à la cause, comme le public. On attaque sur le contexte de son élection, défini de façon générale comme un traitement « dégueulasse » à résonance raciste. « Pour répondre de manière plus précise à la question. Oui, je m’y attendais parce que l’histoire de celles et ceux qui sont héritiers de l’immigration, qui ont grandi en quartier populaire, c’est souvent une histoire qui est empreinte en fin de compte de racisme… » Une France peu accueillante côté racisme… Bon, évidemment, un thème central de LFI ! Il en aurait fait un élément de force. Mais sa famille a été tout de même accueillie en logement social… « On était 8 dans la famille ». Il exprime « être croyant, pas trop pratiquant, musulman ». Les animateurs : « C’est le principal ! »
Fusillade à Saint-Denis et narcotrafic : le maire maintient de désarmer la police municipale
Interrogé sur la polémique autour des LBD (lanceurs de balles de défense) et de désarmer la police (municipale) », il réaffirme : « Je ne veux plus voir de policiers municipaux avec des LBD sur l’espace public (…) « Ils font peur quasiment à la population » selon lui. En 2001, la police municipale n’était pas armée, dit-il, c’étaient des « gardiens de la paix », une police de proximité. Aujourd’hui, le problème (côté policier) « c’est que quand vous n’êtes pas armé, vous avez l’impression d’être un policier de second niveau, quelque chose qui relève du symbolique »... Tout serait donc dans la tête, pas dans la rue. Aussi, si les policiers sont « des professionnels », ils n’en ont pas besoin… Il revient sur une fusillade qui a eu lieu une semaine avant dans sa ville, au cœur de la cité Gabriel-Péri. Selon Saint-Denis.fr actualités, « un jeune homme aurait ouvert le feu sur un homme de 29 ans, touché à la colonne vertébrale et à la jambe. Le tireur a ensuite été passé à tabac par un groupe de jeunes. Sa victime et lui, grièvement blessés, ont été pris en charge à l’hôpital. Tous deux sont connus des services de police pour trafic de stupéfiants. » . Cela ne concerne, selon lui, que la police nationale, justifiant ainsi sa politique de désarmement de la police municipale. Que cette dernière soit fréquemment en première ligne dans les quartiers, face à un narcotrafic qui n’existait pas avec cette violence en 2001, cela ne le perturbe pas. Pas surprenant que plusieurs dizaines de policiers municipaux de la ville l’aient déjà quittée depuis son élection.
Bally Bagayoko : tous les parcours se respectent, même ceux des dealers
Le meilleur arrive. L’un des animateurs l’interroge sur « la logique de respectabilité », le maire ayant justifié d’avoir « un certain standing » comme élu, pour être considéré. Il répond : « Alors moi, j’ai pas toujours été comme ça. Je le dis quand même, si vous allez à Saint-Denis, pour ceux qui me connaissent bien (…) Le lien par exemple avec les narcotrafiquants et compagnie… Mais parce que mon histoire, elle est aussi créée à ça, j’ai grandi en quartier. (…) Oui ! Dans la communauté de nos amis, forcément, il y a aussi ceux qui prennent des parcours, voilà. Mais ça se respecte aussi, parce que, ils vous voient dans la rue, ils savent qui vous êtes, ils vous respectent. Quels que soient leurs parcours. On n’a pas à juger les gens ! Donc moi, je suis sur ce principe-là. » On se dit, mais juste avant, il parle d’une fusillade dans l’un des quartiers de sa ville liée au « narcotrafic », et maintenant de ceux qui « prennent des parcours », sous-entendu qui y sont mêlés, mais qu’il ne faudrait pas juger, banalisant complètement la chose.
Se rend-il compte qu’entre son discours de désarmement de la police municipale, et cette proximité avec ceux qui sont les pourvoyeurs de drogue, les gens peuvent faire un lien en se disant : mais comment on va être protégés ? Un drôle d’élu de la République censé garantir à tous la sécurité, premier bien en dehors duquel rien n’est viable.
Plus fort encore, lorsqu’il explique comment se comporter sur les plateaux de télé : « c’est-à-dire que je viens avec tous les stéréotypes que je sais que les médias ont en tête : black, mec de cité, fou furieux, on va le piquer, il va devenir fou, il va insulter les pères et les mères de tous ceux qui sont sur le plateau, et bien non (…) C’est que nous, on a aussi un message à passer à la jeunesse. Je suis un éducateur de formation, l’essentiel de mon temps c’est de donner la règle…et d’accompagner (…) C’est important aussi d’être un exemple… »
On se demande s’il s’entend réellement parler ou si, par démagogie, il en arrive à ce type de contradiction sans qu’il s’en aperçoive ? Pourquoi les animateurs ne lui ont-ils pas fait remarquer que ce discours de banalisation du narcotrafic, était tout, sauf un bon exemple pour cette jeunesse dont il parle ? Que ce trafic empoisonne la vie des quartiers populaires, qu’il entraîne vers la prison des jeunes qui auraient pu, en étant l’objet d’un discours contraire de prévention, choisir un tout autre parcours ? Que cela détruit des vies de jeunes et moins jeunes de ces quartiers qu’il dit affectionner, pris dans la consommation de drogues, avec parfois de très jeunes gamins impliqués, dont l’avenir est presque déjà écrit à contresens de leur vie ? Effroyable ! Un cas d’espèce de ce que peut être l’idéologie de LFI.
Nouvelle France et lutte contre le racisme, une démagogie attrape-tout
Saint-Denis est pour lui le symbole de cette Nouvelle France : « Je viens d’un territoire de 150 nationalités d’origines différentes qui sont là, donc ils ont construit l’image de Saint-Denis, la ville des rois et reines de France… Du peuple vivant … On n‘est plus à l’époque de la royauté, ça fait partie de l’histoire de la France en tant que telle… Toutes ces histoires-là font naître de nouvelles générations, alors forcément, la France elle est différente de ce qu’il y a 20, 30, 40, 50 années. La France est en permanent mouvement », pour dire « qu’il y a une forme de nouvelle France dedans. »
Curieusement, il semble en être resté à l’Ancien Régime, notre République égalitaire rayée de l’histoire, qui offre un cadre de libertés politiques, individuelles et sociales, comme nulle part ailleurs. Et grâce à quoi il a pu être élu maire de cette grande ville, avec l’école gratuite et laïque dont il a bénéficié pour en arriver là, et cette famille de nombreux enfants qui est la sienne grandir, entre autres, par l’apport d’allocations familiales. Ceci, comme bien des familles accueillies sur notre territoire, avec des individus invités à s’intégrer, pas simplement comme agents économiques mais comme citoyens. Encore une notion qui lui échappe !
Une caricature d’un niveau rarement atteint derrière une façade de victimisation drapée dans la thèse d’un racisme systémique qu’aucune enquête ne valide. Qui n’existe que dans cette propagande fondée sur l’encouragement à tous les ressentiments pour se tromper de combat.
Évoquant le meeting du 7 juin avec Jean-Luc Mélenchon, pourquoi « devant la mairie de Saint-Denis, la ville des rois et reines de France d’ailleurs ? C’est une forme de revanche, là, derrière… » Tout un programme. Il fait publicité de la manifestation que LFI organise contre le « racisme » comme cause suprême, « qui fédère plein d’autres sujets », comme il dit, le 21 juin prochain, à Paris. Le jour de la Fête de la musique, sur laquelle il est question de « s’appuyer » pour profiter de la présence de la jeunesse...
Curieux, une telle manifestation politique autorisée ce jour-là, en forme de récupération d’une fête qui ne divise pas habituellement, alors qu’ici il s’agit de monter cette Nouvelle France contre l’autre. La lutte contre le racisme est essentielle, mais son instrumentalisation ne fait que l’affaiblir, comme exemple phare de cette démagogie. Le diable gît décidément dans les détails."
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
Comité Laïcité République
Maison des associations, 54 rue Pigalle, 75009 Paris
Voir les mentions légales