(Université d’été du Laboratoire de la République, 29 août 25). Gilbert Abergel, président du Comité Laïcité République 18 septembre 2025

Voir aussi sur Youtube "#Autun2025 l Défendre la liberté d’expression autour de Boualem Sansal".
Monsieur le Président,
Depuis le.16 novembre 2024, vous détenez dans vos geôles l’écrivain Boualem Sansal, coupable, selon vous, d’atteinte à la sureté de l’état.
Les nombreuses réactions suscitées par cette arrestation, dénonçant son caractère injuste, n’ont eu aucun effet sur le processus qui a conduit Boualem Sansal à une condamnation à 5 ans de prison, en dépit de la faiblesse des charges et de son état de santé.
Vous avez affirmé que « L’Algérie devait rester maîtresse de la conduite de ses affaires, tant politiques que judiciaires » et, en cela, on ne saurait vous donner tort, quelle que soit l’appréciation que chacun peut avoir de cette politique.
La justice algérienne a parlé, s’est prononcée, les médias officiels ont relayé, l’approuvant, cette décision. Nous ne pouvons qu’en prendre acte. Ne reste, aujourd’hui à Boualem Sansal et à ceux qui l’attendent que la grâce présidentielle que vous ne lui avez toujours pas accordée.
Nous l’avons pourtant espérée, nous y avons cru. Nombre de mes amis algériens, qu’ils résident dans votre beau pays ou qu’ils aient choisi l’exil et son lot de nostalgies, espèrent cette grâce.
Pour ne pas gêner les négociations que nous imaginions engagées entre notre République et vous-même, nous nous sommes tus, nos diplomates se sont faits discrets. Nous espérions par la modération de nos manifestations de soutien ne pas perturber le cours des échanges.
Nous avons à peine haussé le ton contre ceux qui, au sein même de notre République trouvaient légitimes les accusations formulées à l’encontre de Boualem. Alors que, pour nous, il n’est que la victime collatérale d’un conflit inter états à forte dimension passionnelle. Mais, comme je vous l’ai déjà concédé, votre justice a parlé.
Monsieur le président, vous savez que l’incarcération de Boualem ne règlera pas la question du Sahara. Elle ne cicatrisera pas la blessure d’une colonisation de plus de 130 ans. Sa place n’est plus en prison. Boualem Sansal est un écrivain, un romancier confronté à la violence du monde et auquel, du fond de sa solitude, il propose par son écriture, une voie vers le bien il nous aide
Écoutez, Monsieur le Président, et jugez vous-même, ce sont des mots extraits de l’un des romans de Boualem :
« Bienvenue dans la tente du cheikh. Elle sentait bon le poil de chameau choyé, la laine de mouton peigné, le luxe dépouillé. Tapis, poufs, théière. Triptyque magique, il évoque des voluptés profondes comme des tombeaux, . une gazelle soyeuse trottinait mollement autour du mât ; c’est le chat de la maison. Un kanoun rabougri habillé d’une chasse de cuivre consommait tranquillement son encens … Sur une pierre de chevet un céladon taillé dans une rose des sables …. »
Sont-ce là monsieur le Président, les mots d’un conspirateur, ou la poésie d’un auteur de talent. Une musique qui nous invite au rêve ?
La place de l’écrivain, du poète n’est pas en prison.
Monsieur le Président, Boualem Sansal a présidé le jury du prix de la laïcité du Comité Laïcité République, en 2013 et fut lauréat de ce même prix en 2019.
La prochaine cérémonie aura lieu fin novembre, dans les salons d’honneur de la ville de Paris.
Avec le Président du jury, Pascal Bruckner, nous y espérons sa présence.
Vous remerciant de l’attention que vous avez bien voulu porter à cette missive, je vous adresse, Monsieur le Président, mes salutations distinguées.
Gilbert Abergel
Pour le CLR
Voir aussi les communiqués du CLR Avant toute chose, exiger la libération de Boualem Sansal (CLR, 25 déc. 24), Libérez Boualem Sansal ! (CLR, 21 nov. 24),
VIDEO Prix de la Laïcité 2018. Boualem Sansal : "La laïcité est un chemin de liberté et de paix qui n’interdit ni la tradition ni la religion" dans la rubrique Prix de la Laïcité,
dans la Revue de presse le dossier Boualem Sansal emprisonné en Algérie dans Algérie (note de la rédaction CLR).
Comité Laïcité République
Maison des associations, 54 rue Pigalle, 75009 Paris
Voir les mentions légales