par Eric Marquis 4 juin 2025
[Les échos "Culture" sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
Abel Quentin, Le Voyant d’Etampes, éd. L’Observatoire, août 2021, 384 p., 20 e.,
J’ai lu, 8,90 e.

Un universitaire sur le retour, Jean Roscoff [1], a écrit un livre sur un poète communiste américain, Robert Willow.
On lui reproche d’avoir sous-estimé le fait que celui-ci était noir. Il fallait dire qu’il s’exprimait et agissait en tant que noir.
"Vous n’avez pas compris que nous avons changé de paradigme, Jean."
(On ira tous au paradigme.)
[Sa fille s’est mise en couple avec une militante "woke" intransigeante.]
"La dernière fois que j’ai vu ce regard, c’était chez certains anciens de la Ligue communiste révolutionnaire, quand j’étais à SOS. Une dureté. J’imagine que Saint-Just, Robespierre étaient comme ça. Des gens qui ne doutent pas, qui pensent que le doute est la marque des faibles. Elle avait les narines dilatées par la colère. Pour elle, la question était réglée : j’étais un homme hétérosexuel, donc un oppresseur. Pire, un violeur en puissance."
D’un autre côté, avec mon ami de 40 ans John Smith on échange sur le droit à mourir. Moi : "Je souhaite que chacun soit maître de son destin tout au long de sa vie, du début jusqu’à la fin.
Lui : "Connerie existentialiste à l’origine du wokisme."
Il faut dire que lycéen, John Smith était sartrien de stricte obédience, à tel point que ses amis d’alors l’appelaient Jean-Sol Partre, comme Boris Vian surnommait le philosophe existentialiste.
"La condescendance (involontaire mais bien réelle) de Sartre, qui expliquait aux Juifs comment ils devaient être juifs et aux Noirs comment ils devaient être noirs."
C’est un roman visionnaire (2021) quant au débat sur le wokisme, le "décolonialisme" et l’"intersectionnalité".
D’abord, sur la méthode.
"A l’idée d’être visé par une campagne de shaming, même un homme comme Marc perdait son assurance."
Sur le fond (le tréfond), une des déclinaisons est l’accusation d’"appropriation culturelle" [2]. On ne peut pas parler à la place des gens, même dans la fiction. Par exemple si on écrit quelque chose sur les Schtroumpfs il faut être un Schtroumpf soi-même.
Mais ne dégoûtons pas ceux qui n’ont pas lu ce roman. Ce n’est pas un essai théorique mais avant tout un roman. Il y a un côté Houellebecq (est-ce vraiment un argument favorable ?).
Seule réserve, ce qui est irritant dans ce livre ce sont les paresses de style. Par exemple les paragraphes qui n’en finissent pas. Le "retour chariot" quand on passe à autre chose, ce n’est pas du luxe. Mais peut-être ce choix de ne pas revenir à la ligne est volontaire. Dans ce cas on parlera de snobisme.
Eric Marquis
[1] "Mâle blanc de 60 ans", "Abel Quentin - Le voyant d’Etampes" (note de la rédaction CLR).
[2] Voir le dossier "Appropriation culturelle" (note de la rédaction CLR).
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