Collectif, Comité Laïcité République Poitou-Charentes

Soutien au projet de proposition de loi Yadan : nommer, fixer, agir (Collectif, CLR Poitou-Charentes, 9 av. 26)

15 avril 2026

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Ce qui sidère aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’explosion des actes antisémites - près de + 1 000 % depuis le 7 octobre 2023 -, mais aussi leur banalisation par la déformation du langage. Les mots ne décrivent plus : ils dissimulent, excusent, retournent.

Quelques faits (Ministère de l’Intérieur, le 12/02/2026)
• 1 320 actes antisémites recensés en 2025, un niveau historiquement élevé. Soit 2,6 pour 1000 juifs
• 843 actes antichrétiens
• 326 actes antimusulmans. Soit 6 pour 1 millions musulmans

Tous ces actes sont inacceptables. Il ne s’agit ni de hiérarchiser ni de mettre en concurrence les haines. Chaque violence raciste ou religieuse est une faute grave contre la République. Mais regarder la réalité en face impose de constater une intensité et une spécificité de l’antisémitisme, particulièrement alarmantes au regard de la population concernée.

Aujourd’hui, la haine ne se cache plus. Elle s’expose, se recycle, se légitime. Pire : elle conteste sa propre existence au moment même où elle s’exprime. C’est cela, le basculement.

L’antisémitisme contemporain ne crie pas toujours son nom. Il avance masqué, sous couvert de causes, de slogans, de détournements politiques. Il prospère dans une confusion entretenue entre critique légitime d’un État et désignation de personnes. Résultat : des citoyens français sont assignés, sommés de se justifier, rendus comptables de décisions qui ne sont pas les leurs. Les Français de confession juive sont renvoyés à l’Etat d’Israël, comme si leur identité politique était présumée, exigée, imposée.

Essayons une seconde d’inverser la situation : que dirait-on si l’on assignait nos concitoyens musulmans aux Talibans ou aux Gardiens de la révolution iraniens ? Ce serait - à juste titre - qualifié de racisme. Pourquoi ce qui est inacceptable pour les uns deviendrait-il tolérable pour les autres ?

C’est précisément ce brouillage que la proposition portée par Caroline Yadan entend combattre.

Elle ne crée pas une nouvelle opinion. Elle fixe une limite.

Car si la liberté de conscience est absolue, la liberté d’expression ne l’est pas. Elle s’arrête là où commence la mise en danger de l’ordre public et la légitimation de la haine. Ce principe n’est pas nouveau, il est au cœur de notre pacte républicain.

Ce texte ne prétend pas éradiquer l’antisémitisme. Il vise à tracer une ligne claire : ce qui relève du débat démocratique, et ce qui bascule dans l’incitation, la justification ou la banalisation de la violence.

Critiquer un gouvernement, contester une politique, dénoncer une guerre : c’est la démocratie. Appeler à la disparition d’un État, justifier des massacres, relativiser l’horreur : ce n’est plus de l’opinion, c’est une dérive.

Ceux qui dénoncent une atteinte à la liberté d’expression travestissent la réalité. Ce texte ne réduit pas la liberté : il empêche qu’elle soit utilisée comme une arme contre ceux qu’elle doit protéger.

Nous faisons face à un moment de vérité. Ce qui est en jeu, ce n’est pas une communauté. C’est un principe.

Accepter le flou, c’est ouvrir la voie à l’impunité. Nommer clairement, c’est déjà résister.

Voter ce texte ne réglera pas tout. Mais ce sera un signal : celui d’une République qui refuse de céder à la confusion, à la peur ou au renoncement.

Protéger les Français de confession juive, ce n’est pas défendre une exception. C’est défendre l’universel.

Dans une République fidèle à elle-même, la clarté n’est pas une option. C’est un devoir. C’est pourquoi nous appelons au soutien de la PPL Yadan et nous appelons les parlementaires à la voter car il en va de la santé de notre démocratie et de la vitalité de notre République.

LICRA DS 79
CLR P-Ch
Les Amis De David



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