Congrès national de la Libre Pensée (10 juil. 2007) : message du CLR

juillet 2007

Message de Philippe Foussier, président du CLR, lu au Congrès de la Fédération nationale de la Libre pensée, le 10 juillet 2007 à Clermont Ferrand.

Citoyennes, citoyens, chers amis,

Tout d’abord, au nom du Comité Laïcité République, je veux vous remercier très sincèrement de nous convier à votre congrès, de nous faire partager vos travaux et de nous inviter à intervenir devant vous.
Merci donc à Christian Eyschen, à Jo Salamero, à vous tous, et un salut particulier à ceux d’entre vous qui connaissez bien le CLR pour en partager certaines des initiatives, Jacques Lafouge et Marc Blondel.

Le combat en faveur de la laïcité nous réunit, et nous réunit même souvent dans des actions communes. Ce combat connaît des hauts et des bas. L’actualité nous démontre en tous cas qu’il est précisément plus que jamais d’actualité. Hors de nos frontières comme à l’intérieur. Il en est même qui ne connaissent pas de frontières. C’est le cas en ce moment avec l’offensive créationniste qui connaît des développements inquiétants.

Vous le savez aussi bien que nous, l’offensive est déjà ancienne aux Etats-Unis, où les tenants du créationnisme mènent une bataille incessante pour que les élèves des écoles n’aient plus comme enseignement la théorie de l’évolution des espèces. Aux Etats-Unis donc, dans le meilleur des cas, les enfants auront appris qu’il y a deux " théories " à ce sujet. Certains, là où l’offensive créationniste a abouti, n’en connaîtront qu’une, celle qui rejette le darwinisme au nom de la foi.

Comme souvent, ce qui se passe aux Etats-Unis nous arrive quelque temps après. On l’a vu avec le communautarisme, avec l’affirmative action, la discrimination positive comme on dit sous nos latitudes, les quotas ethniques… autant de sujets qui nous paraissaient encore il y a 15 ans réservés aux Américains.

L’offensive créationniste, on le sait, gagne notre continent : en Italie, en Pologne, aux Pays-Bas, les exemples de multiplient. On a vu il y a quelques mois de luxueux Atlas de la création de 750 pages arriver par milliers d’exemplaires dans les collèges de France en provenance de Turquie en vue d’expliquer aux futurs citoyens que la création du monde est l’œuvre de Dieu. Et puis il y a cette affaire, que vous avez à juste titre dénoncée, la censure dont a été victime Guy Lengagne, représentant français à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Rappelons les faits : le 25 juin, cet élu du Pas-de-Calais devait présenter devant l’Assemblée parlementaire de l’Europe des 47 un rapport expliquant que les thèses créationnistes doivent rester en dehors des programmes scientifiques des établissements scolaires du Continent. Ce débat a été ajourné et le chef du groupe parlementaire démocrate-chrétien, le Belge Luc Van den Brande, a même demandé qu’il ne soit pas débattu de ce rapport en séance plénière. « Je ne peux y voir qu’une manœuvre de ceux qui veulent, par tous les moyens, lutter contre la théorie de l’évolution et imposer les idées créationnistes. Nous assistons aux prémisses d’un retour au Moyen Age, et trop de membres de l’Assemblée des droits de l’homme ne s’en aperçoivent pas. » C’est ainsi qu’a réagi Guy Lengagne, soutenu par le président de la commission de la culture, de la science et de l’éducation du Conseil de l’Europe, l’UMP Jacques Legendre. Comme vous, le CLR demande également que le rapport Lengagne soit présenté en octobre prochain lors de la prochaine séance plénière de l’Assemblée du Conseil de l’Europe [1].

Nous pouvons parfois être satisfaits de voir que nos préoccupations sont relayées par les responsables publics, comme c’est le cas aujourd’hui. Ou comme c’était le cas hier, lorsque le président Chirac et le Premier ministre Jospin se montraient inflexibles sur la question des " racines chrétiennes " de l’Europe, refusant que cette notion figure dans le préambule du Traité constitutionnel européen. Et sur ce point, nous pouvons être légitimement plus inquiets qu’il y a 5 ou 7 ans. Vous vous souvenez combien le TCE, rejeté par les Français lors du référendum du 29 mai 2005, contenait de dispositions profondément contraires à la laïcité et à la séparation des églises et du pouvoir temporel [2]. Les articles II-52, II-70, notamment, avaient provoqué la mobilisation des associations laïques. L’adoption d’un nouveau Traité, fut-il " mini ", qui ne sera pas adopté par référendum de surcroît, avec un président de la République qui loue précisément le passé chrétien de notre pays et de notre continent [3], doit nous inciter à la plus grande vigilance. Je ne doute pas que c’est aussi votre état d’esprit.

Nous avons ensemble participé à la mobilisation pour défendre la loi de 1905 à l’occasion de son centenaire et vous nous aviez déjà associé aux initiatives que vous aviez prises à ce moment. On voit défiler ces dernières semaines les représentants des cultes dans le bureau de la ministre du même nom, chacun demandant avec quelques nuances près une application du rapport Machelon qui prône la dénaturation de la loi de 1905 [4]. C’est dire si, là aussi, nous aurons sans doute à rappeler notre attachement à cette grande loi qui consacra, un peu plus de 100 ans après la Convention, sous la Première République, la Séparation des églises et de l’Etat.

Tant d’autres sujets méritent notre vigilance, il serait laborieux d’en faire l’inventaire. Mais nous pouvons par exemple nous montrer surpris lorsque la Halde, Haute Autorité de lutte contre les discriminations, nous explique combien il est normal que des sorties scolaires puissent avoir comme accompagnateurs des femmes voilées. Avons-nous soutenu tant de luttes pour l’émancipation des femmes pour assister à cette régression ? Et quel modèle pour les petites filles, pour les futures citoyennes, que cette consécration, que cet encouragement à la domination masculine sur les femmes ! [5] Décidément, l’histoire va souvent dans le mauvais sens.

Alors, citoyens, citoyennes, chers amis, nous vous apportons tous nos encouragements pour vos travaux, pour le bon déroulement de votre congrès. Et soyons prêts, ensemble, à nous réunir à nouveau pour faire en sorte que l’histoire aille dans le sens du progrès, de l’humanisme, de la liberté absolue de conscience, de la pensée libérée des dogmes. Et pour la République laïque et sociale.


Comité Laïcité République
Maison des associations, 54 rue Pigalle, 75009 Paris
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