Congrès de la Libre Pensée (juil. 13) : message du CLR

15 juillet 2013

Message de Patrick Kessel, président du CLR, au Congrès de la Fédération nationale de la Libre pensée, en juillet 2013 à Bourg-en-Bresse.

Chers amis, citoyens et camarades,

Le congrès de la Libre Pensée est un moment important pour tous les militants engagés dans la défense et le promotion de la Laïcité. Nous savons ce que la Laïcité doit à l’une des doyennes de ses associations. Nous avons depuis de longues années de bonnes relations entre la LP et le CLR dont témoigne la présence de notre ami Jacques Lafouge dans les instances de nos deux associations. Et c’est pourquoi, à défaut de pouvoir être présent parmi vous, le Comité Laïcité République souhaite vous transmettre un message d’amitié sincère, à votre Président Marc Blondel en particulier, et souhaiter plein succès à votre Congrès.

La laïcité que depuis des années les gouvernements successifs ont mis sur le reculoir se trouve au coeur des grands enjeux de société. Nous avons subi ces toutes dernières années les tentatives de "toilettage" de la loi de séparation, le discours de Latran, la loi Carle qui pousse jusqu’au bout la logique de la loi Debré en instituant la parité entre écoles privées et écoles publiques en matière de financements publics, la tentative de révision du préambule de la constitution pour essayer d’y inscrire un droit à la différence dont nous savons qu’il débouche sur la différence des droits.

La politique de l’ancien Président a vu aussi l’abandon de la révision des lois de bioéthique, l’abandon du droit à mourir dans la dignité, la mise en place des conférences départementales de la liberté religieuse intronisant le retour du religieux en politique, la reconnaissances des diplômes universitaires du Vatican... Arrêtons-là cette longue énumération à la Prévert ! A ces coups de boutoir, il a bien fallu constater qu’une grande partie de la gauche a répondu par une apathie coupable.

Des perspectives plus positives ont été développées au cours de la campagne présidentielle. Nous avons ainsi soutenu la proposition qui visait à intégrer l’article 2 de la loi de 1905 dans la Constitution. Pourquoi ? Parce que cet article qui stipule que "la République ne reconnaît, ni ne subventionne culte" est systématiquement contourné par les conseils municipaux, généraux et régionaux.

Sur ce point, nous avons une différence d’appréciation avec la Libre Pensée qui estime que la loi de 1905 participe du bloc constitutionnel. Nous le voudrions mais les arrêts successifs du Conseil d’Etat ont ouvert la voie à ces dérives que le rapport Machelon, commandité par Nicolas Sarkozy, proposait d’élargir encore. Il s’agissait de se donner les moyens juridiques pour mettre un termes à ces dérives. Cette proposition a été abandonnée après la récente décision du Conseil Constitutionnel saisi sur une QPC. Résultat : les mauvaises pratiques continuent !

Or il faut avancer car le contournement systématique de la loi nourrit le développement des communautarismes qui à leur tour constituent un des carburants essentiels du Front National.

Disons le tout net : il n’y a pas de bon cléricalisme, il n’y a pas de bon communautarisme, dès lors qu’ils combattent la loi commune et l’universalisme des Lumières, la liberté de conscience et l’égalité des droits et des devoirs. Et en premier lieu l’égalité, non négociable, entre femmes et hommes. Les communautarismes sont une menace à l’oeuvre car ils fragilisent le pacte républicain, lui même issu des combats historiques de la gauche.

Les élections partielles témoignent du malaise grandissant qui gagne aussi une partie de l’électorat de gauche. Dénoncer le communautarisme sous toutes ses formes, ce n’est pas céder au racisme, contrairement à ce que supputent les dogmatiques du différencialisme, mais se donner les moyens de le combattre avec la plus extrême fermeté. Ce n’est pas donner des gages au Front National, c’est le combattre avec la plus extrême détermination. Plus que jamais, il faut mener la bataille de l’universalisme face à la montée des particularismes, des tribalismes qui détournent le combat social.

Plus que jamais il faut promouvoir la citoyenneté républicaine, la République sociale et laïque, mère l’émancipation, la Fraternité entre tous quels que soient la naissance, la couleur, les appartenances philosophiques ou religieuses.

Cela nous a conduit à des choix différents à l’occasion de l’affaire de la crèche Babyloup. Nous pensons en effet que toutes les structures chargées d’accueillir des enfants et bénéficiant de subventions publiques doivent respecter les mêmes principes laïques que ceux appliqués à l’ école.

Cela pose la question de l’application des principes laïques en dehors de la sphère publique. Nous pouvons diverger dans nos analyses et propositions. Mais le débat doit demeurer emprunt de respect mutuel. Celui qui critique certaines pratiques de l’islam n’est pas plus islamophobe que n’est antisémite celui qui critique certaines décisions de la politique israélienne. Ce type d’arguments serait inacceptable entre nous.

Dans cette période de confusion intellectuelle et de déchirure sociale, il importe que toutes les forces laïques débattent démocratiquement dans le respect mutuel. Nous pouvons avoir des appréciations différentes mais je suis convaincu que nos objectifs demeurent communs.

Ainsi avons-nous proposé avec le collectif des associations laïques, l’étude d’une solution progressive et concertée en vue de la sortie du statut dérogatoire d’Alsace-Moselle. Le projet demeure d’actualité et nous pourrions le promouvoir ensemble. Et exiger dans les meilleurs délais l’abandon du délit de blasphème et de l’enseignement religieux obligatoire dans les écoles publiques des territoires concordataires.

Chers amis et camarades, chacun sent bien que la situation globale est tendue. Un cap a été franchi ces derniers mois. A l’occasion du débat sur le mariage pour tous, l’Eglise s’est impliquée, au-delà du débat d’idées, dans une véritable opposition conservatrice. Une culture de contre-réforme, un parfum de néo-pétainisme, un peu raciste, un peu antisémite, un peu anti-homo, un peu anti-maçon, une idéologie réactionnaire s’est extirpée d’un interdit moral historique. Nous savons que le ventre est encore fécond....

Sans jouer à se faire peur, il faut prendre au sérieux les symptômes qui nous sont adressés et opposer à la montée des identitarismes la Fraternité de la République sociale et laïque.

La laïcité est un combat. L’heure, pour les militants laïques, devrait donc être au respect mutuel, au dialogue constructif et à l’unité. D’autant que le projet de République universelle demeure une référence suivie de près par ces femmes et ces hommes qui se battent, notamment sur l’autre rive de la Méditerranée, parfois au péril de leur vie.

Tel est le sens de notre message.

A vous tous, le Comité Laïcité République présente ses salutations fraternelles, républicaines et laïques.

Patrick Kessel
Président du CLR



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