Edito du président

Tenir les crêtes (J.-P. Sakoun, 16 mars 19)

par Jean-Pierre Sakoun, président du Comité Laïcité République. 16 mars 2019

Depuis 2015, notre pays et plusieurs autres Etats démocratiques ont été les cibles du terrorisme intégriste islamiste, visant à déchirer le tissu des sociétés qui en ont été les théâtres, en séparant les citoyens musulmans du reste de leurs concitoyens. Les fanatiques qui ont perpétré ces attentats et ces massacres espéraient bien inoculer dans le cœur des Français, des Allemands, des Espagnols, le virus de la méfiance et d’une hostilité irréparable à l’égard de leurs concitoyens de religion musulmane.

En France, ils n’y sont pas arrivés, malgré l’écho complaisant d’une extrême-droite trop contente de profiter de ce clivage pour défendre ses postions racistes et xénophobes, et d’une extrême-gauche qui, en miroir, veut victimiser tous nos concitoyens venant des pays du sud, en particulier les croyants musulmans.

La laïcité, ce bouclier contre le fanatisme, a protégé tous les Français de ces clivages. Il n’y a pas eu d’amalgame, les inacceptables actes racistes et xénophobes contre nos concitoyens musulmans n’ont pas connu d’augmentation et la rupture à laquelle poussent les intégristes, soutenus par les identitaires et les différentialistes, n’a pas eu lieu.

Le 14 mars, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, pays démocratique, qui respecte et même promeut l’organisation communautariste, un extrémiste de droite, auteur d’un manifeste dénonçant un « génocide blanc », a, à son tour, perpétré un effroyable massacre, tuant près de cinquante personnes en train de prier dans deux mosquées de la ville.

D’une certaine manière, à Christchurch, ce sont bien les extrémistes de tout poil qui se sont rejoints pour provoquer le chaos, en instaurant entre les êtres humains les barrières et les haines des guerres de religion, des guerres ethniques.

Nous, laïques et démocrates, amoureux de la paix civile et promoteurs de la fraternité universelle, devons, face à ces actes effroyables, où qu’ils aient lieu, tenir les crêtes, et ne pas les quitter. Nous dénonçons toutes les violences ethniques et religieuses, toutes les manifestations de la haine de l’autre, tout ce qui, de la manière la plus brutale et la plus sanglante, conspire à séparer l’humanité et à la faire régresser vers des formes d’affrontement tribal. Marchons sur cette arête sans jamais basculer, ni d’un côté ni de l’autre. Pour paraphraser Jean Ferrat, nous sommes libres sur un fil d’acier, grâce au balancier de la laïcité.

Nous avons eu et avons encore des mots forts et des positions inflexibles vis-à-vis des semeurs de mort islamistes. Nous avons et aurons les mêmes mots et la même aversion pour les semeurs de mort suprémacistes et néo-nazis.

Lorsqu’on tue des croyants pacifiques dans des mosquées de Christchurch, des dessinateurs de presse dans la rédaction d’un journal satirique, les clients d’une épicerie casher, les spectateurs d’un concert, des familles célébrant le quatorze-juillet ou encore Noël, et tant d’autres, ce sont nos semblables qui sont les victimes. Comme le dit le personnage qui hurle à la fin du film « Le Feu » tiré de l’œuvre d’Henri Barbusse, « ce sont des Hommes qu’on tue ».

Jean-Pierre Sakoun,
président du CLR


Voir aussi dans la Revue de presse la rubrique Quel niveau d’intolérance en France ? (note du CLR).


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