Revue de presse

"Romain Gary, contre les tartuffes de l’antiracisme" (Le Figaro Magazine, 12 août 22)

(Le Figaro Magazine, 12 août 22). 22 mai 2024

[Les éléments de la revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

"L’auteur de « Chien blanc » est le premier à mettre en garde contre la dérive d’un certain antiracisme militant et les effets pervers des stratégies de repentance."

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"[...] Plaidoyer pour la sauvegarde des éléphants, Les Racines du ciel (prix Goncourt 1956) sont un des premiers grands romans écologistes. Gary fut tout aussi précurseur sur les questions identitaires. Dans son deuxième roman, Tulipe (1946), il évoque l’élection à la Maison-Blanche d’un président noir. Trente ans avant La Tache de Philip Roth, bien avant l’apparition du mot « woke », il est aussi le premier, dans Chien Blanc, à mettre en garde contre la dérive d’un certain antiracisme militant et les effets pervers des stratégies de repentance. [...]

C’est surtout son mariage tumultueux avec l’actrice Jean Seberg qui va le placer aux premières loges de la tragédie raciale américaine. Car l’étoile hollywoodienne, Jeanne d’Arc d’Otto Preminger et héroïne d’À bout de souffle, est aussi une militante antiraciste très impliquée dans la cause des « Afro-Américains », y compris aux côtés du sulfureux Black Panther Party, mouvement nationaliste noir favorable à la lutte armée, notamment contre la police.

Né à Vilnius dans l’Empire russe, issu d’une famille d’artisans juifs, Romain Gary, Roman Kacew de son vrai nom, a été marqué par l’antisémitisme dans son enfance et est entré en résistance dès l’appel du 18 Juin. La lutte contre le racisme aurait pu réunir l’actrice et l’écrivain, elle va les séparer. Car s’il croit plus que quiconque en l’égale dignité des hommes, l[e futur] auteur de La Vie devant soi est exaspéré par la posture de l’artiste engagé. Et si son aura de star, son goût pour le cabotinage et la mise en scène font qu’il est comme un poisson dans l’eau à Hollywood, il n’en est pas moins allergique à l’hypocrisie du monde du spectacle.

À Los Angeles, la maison qu’il partage avec Jean est devenu « le quartier général de la bonne volonté libéral blanc-américaine », ainsi que l’auberge espagnole des organisations- groupuscules, squattée jour et nuit par des militants. « Je n’en peux plus. Dix-sept millions de Noirs américains à la maison, c’est trop, même pour un écrivain professionnel, persifle-t-il… Je souffre de ne pas reconnaître à moi-même cette autorité maritale du code Napoléon d’un autre temps, mais dont, secrètement, j’aurais bien aimé pouvoir me réclamer pour foutre à la porte de chez moi quelques-uns des croquants noirs qui font payer un “impôt sur la culpabilité” à mon épouse blanche. »

Gary déteste le racisme, mais aussi les « belles âmes » qui instrumentalisent l’antiracisme pour se donner bonne conscience ou se faire de la publicité sur le dos des Noirs : ceux qu’il appelle « les professionnels de la souffrance des autres ». Dans une scène d’anthologie de Chien Blanc, il raconte une collecte de fonds pour les pauvres Noirs. Cette soirée caritative a lieu dans la maison d’un producteur à Bel Air et réunit tout le gratin hollywoodien dont un certain Marlon Brando. Gary raille l’exhibitionnisme d[u futur] acteur du Parrain : « Je comprends bien qu’il entendait mimer ainsi l’attitude “dos au mur” des Panthères noires. Mais chez un millionnaire qui ne risque même pas un coup de pied au cul, cela ne faisait même pas ‘‘Panthère blanche’’, cela faisait caniche de salon qui pisse sur le tapis. »

L’écrivain n’est pas dupe du cirque hollywoodien, ni des faux-semblants d’une certaine bourgeoisie progressiste. Mais il est tout aussi conscient de l’exploitation de « la mauvaise conscience blanche » par certains militants noirs qui, souvent de manière vindicative, font commerce de leur propre souffrance. « Il y a des organisations de Noirs dont le seul but est de soulager les Blancs, de les soulager de leur argent et de soulager leur conscience. Ils mettent l’argent dans leurs poches et les Blancs se sentent mieux. Bientôt, chaque Blanc “coupable” qui est assez riche pour se le permettre aura sa propre organisation de Noirs chargée de l’aider à se sentir un type bien », écrit-il. [...]"

Lire "Romain Gary, contre les tartuffes de l’antiracisme".


Voir aussi dans la Revue de presse le dossier Le Figaro Magazine « Les prophètes des temps modernes » (juil.-août 22) (note du CLR).


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