Revue de presse

Le vainqueur des législatives : l’ennui (Riss, Charlie Hebdo, 15 juin 22)

Riss, directeur de "Charlie Hebdo". 15 juin 2022

[Les éléments de la revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

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"[...] Cette sensation désagréable est celle qu’on ressent quand on veut lutter contre la mort, quand on veut croire qu’on a encore la force de faire triompher la vie sur la faucheuse, qui vous tire les pieds vers l’abîme. Mais on a beau lutter, on sent diminuer son énergie, notre respiration devient difficile, nos muscles ne peuvent plus rien soulever, on n’arrive plus à articuler un mot, et à la fin, on lâche tout et on se laisse aspirer par le néant. Les puissances qui ont été déchaînées par l’économie libérale, la spéculation, la destruction des éco­systèmes, l’individualisme forcené qu’on impose à nos vies personnelles et professionnelles ressemblent à cette mort qui arrive, trop puissante pour qu’on ait l’énergie de s’y opposer. On ne sait plus comment faire pour contrer la numérisation du monde, arrêter la course effrénée vers le profit, stopper la destruction des services publics, et sentir disparaître un peu chaque jour le sentiment d’appartenir à une maison commune. Les acteurs politiques qui ont dirigé la France tout comme ceux des autres pays du monde depuis des décennies ont ouvert une boîte de Pandore qu’ils n’arrivent plus à refermer.

Pour s’y opposer, les propositions de la gauche française qui s’est unie dans ce but arrivent trente ans trop tard, et son discours ressemble à un copier-coller de ce qu’on entendait dans les forums altermondialistes il y a déjà plus de vingt ans. La gauche vintage contre le macro­nisme giscardien. Dimanche soir, devant son écran, on avait l’impres­sion de voir un vieux journal télévisé de 1978. L’Union de la gauche de Marchais et Mitterrand contre la droite au pouvoir de Giscard et Raymond Barre. Les résultats des élections législatives de 1978 et de 2022 se ressemblent un peu : la victoire de la gauche devait être écrasante et, finalement, le parti au pouvoir qui devait être balayé limita la casse et réussit à se maintenir avec une petite majorité. En 1978, l’Union de la gauche obtint 49,24 % des suffrages et la majorité présidentielle, tout juste 50,49 %. Tout le monde avait gagné et tout le monde avait aussi un peu perdu. Mais à l’époque, le taux de participation avait été de 84,79 %. Un lot de consolation qu’on n’a même plus aujourd’hui."

Lire "Une belle victoire du passé".


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