Humeur

Catho-laïcité : le retour (P. Kessel, 28 nov. 16)

par Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République. 28 novembre 2016

La "catho-laïcité" est de retour. On voulait bien croire ceux qui affirmaient que la droite modernisée avait mis un terme à ses collusions historiques avec l’Eglise. Certes, on savait que celle-ci n’était pas résignée à la séparation. Dès 1987, le président de la conférence épiscopale, le cardinal Vilnet, estimait venu le temps de redéfinir le caractère institutionnel de la laïcité. Gauche ou droite au pouvoir, le retour du religieux en politique était lancé.

Les tribulations de Nicolas Sarkozy à Latran, plaçant le prêtre au-dessus de l’instituteur et le vote de la loi Carle, élargissant encore les financements publics aux écoles confessionnelles, nous rappelaient aux dures réalités. La mobilisation d’élus de droite contre le mariage pour tous, aux côtés d’associations intégristes, aurait dû réveiller ceux qui continuaient à penser que les temps avaient changé.

Mais chassez le naturel, il revient au galop ! Voilà la primaire de droite qui tourne en course à l’échalotte pour déterminer lequel des deux candidats porte le mieux la parole papale ! On croit rêver ! Qu’aurions-nous entendu si un candidat avait placé son programme sous les auspices d’un chef religieux musulman, protestant, juif, voire athée !!?

L’IVG, la PMA, le mariage pour tous sont revenus d’un coup sur le devant de la scène comme s’il s’agissait de simples questions de moeurs en débat, alors que ce sont des droits acquis. Certaines municipalités censurent des affiches de prévention du sida, amorales à leur goût ! Le Conseil d’Etat donne le feu vert à l’installation de crèches dans des établissements publics ! Du culturel, nous dit-on, comme si la nativité n’avait rien à voir avec la religion ! De qui se moque-t-on ? Comment expliquera-t-on à des jeunes filles qu’elles doivent ôter leur voile dans les écoles de la République alors que des crèches seront légitimes dans des mairies ? Deux poids et deux mesures pour rajouter de la confusion à la confusion. La montée des revendications islamistes ne saurait légitimer un retour au cléricalisme romain.

Ce retour de la "catho-laïcité" ne tombe pas du ciel. Il a été préparé par ceux qui, à droite, s’évertuent à substituer la liberté religieuse à la laïcité. Mais aussi par cette partie de la gauche qui, d’accomodements raisonnables en atermoiements coupables face aux revendications communautaristes, aura fragilisé la laïcité.

Cette gauche prête à renoncer à sa culture laïque pour essayer de séduire l’électorat musulman, cette droite prête à composer avec l’identitarisme le plus conservateur en croyant conquérir l’électorat catholique, ont-elles conscience que l’électoralisme a ses limites éthiques et qu’à jouer avec le feu, c’est la démocratie elle-même qui finira par se consumer ?

Les candidats à la présidence de la République devraient comprendre qu’il n’y a pas une laïcité vue de gauche, qui exonèrerait l’islam des principes républicains, et une laïcité vue de droite, qui replacerait l’Eglise au coeur des choix de société. Il y a une seule laïcité sans qualificatif qui garantit à tous la liberté de croire ou de ne pas croire, mais qui sépare clairement la religion et la politique, la foi et la Cité, les églises et l’Etat. Qui assure l’égalité en droit entre tous les citoyens, quelles que soient leurs origines et leurs convictions.

Il n’est que temps que des voix s’élèvent pour le dire avec force et clarté à l’occasion des échéances électorales qui attendent le pays.

Patrick Kessel


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