Remise des Prix de la Laïcité le 6 novembre 2018

VIDEO Prix de la Laïcité 2018. Sarah Doraghi : "Ici c’est la laïcité qui me couvre"

Sarah Doraghi et les femmes iraniennes, Mention au Prix international de la Laïcité 2018. 6 novembre 2018

Merci.
Merci Madame la Maire Anne Hidalgo.
Merci Monsieur Jean-Pierre Sakoun.
Merci Mme Françoise Laborde.
Merci.

Que c’est bon de pouvoir dire merci.
Pour un tel Prix, et dans un tel pays.
Merci.

Savez vous que c’est un mot qui nous est commun ? En persan et en français un merci est un merci. Nous en partageons le sens. Ce n’est pourtant pas toujours le cas. Le verbe « couvrir » par exemple.
En Iran, on couvre pour cacher.
Cacher les cheveux des femmes. Cacher le corps avec un tchador, cacher les cheveux avec le voile. Il n’y a pas d’autres définitions au mot voile ou au verbe « poushoundan » qui veut dire couvrir. Couvrir ce qui représente la féminité, la beauté de la femme. Cachez ces cheveux que je ne saurais voir.
Avec la langue française, avec la culture française. J’ai découvert mille et un synonymes, mille et une définitions de ces mots-là. Ces mots-là en France nous protègent. Que dire de ces « mollahs » en Iran ?
En France, couvrir, c’est mettre quelque chose sur une personne pour la protéger. Couvrir quelqu’un au sens propre ou au sens figuré, c’est protéger cette personne. La France, par ses valeurs, ses principes, sa culture donne à chaque citoyen la liberté de choisir le sens de ces mots. Dans le respect de ses principes et de ses valeurs. Les respecter, c’est pouvoir jouir pleinement de tous les droits et libertés qu’un pays comme la France peut offrir.

Moi j’ai quitté l’Iran en 1983. A l’âge de 10 ans. J’ai dû porter le voile dès le jour de mon anniversaire. Le jour où j’ai eu 7 ans. Quel est l’homme malade et pervers qui, au vu des cheveux d’une petite fille de 7 ans serait si excité qu’il perdrait le contrôle de ses pulsions ? Qui est-il ? Cherchez-le, trouvez-le, c’est lui que vous devez enfermer, soigner, et mettre à l’écart d’une société. Punissez la perversion non la liberté, non la beauté, non les femmes.

Ici c’est la laïcité qui me couvre.

Ici, j’ai pu grandir et faire mes études en toute liberté. J’ai choisi d’être journaliste.
Mon métier consiste à couvrir. Couvrir des événements. Couvrir un événement, c’est le dévoiler. Alors je couvre la culture. Chaque semaine, dans une ville différente en France, je dévoile Picasso, Chagall, Miro, un film, un concert, un documentaire, je dévoile. Je dévoile. Je découvre et je dévoile… Le rêve quoi !
Savons-nous encore ce que représente la chance d’habiter en France aujourd’hui ? Regardons le monde et regardons la France. Ici, ce qui nous couvre, c’est la liberté, l’égalité, la fraternité.

En Iran, des femmes se battent pour ne pas porter le voile. En France, des femmes qui se disent féministes et qui n’ont jamais eu à le porter se battent pour que d’autres femmes puissent ici porter le voile, le tchador, la burqa. Quel paradoxe. Tout cela au nom de la liberté. Nous n’avons pas la même définition de ce mot. Nous n’avons pas compris la même chose de cette devise : LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ.

Le rêve de toutes ces femmes iraniennes que vous voyez se battre contre le port du voile obligatoire, c’est d’être un jour couvertes… par cette laïcité. Le principe laïque. Magnifique. Laïque. Comme la sonorité, la musicalité de ce Laïque nous est familière avec tous les réseaux sociaux. On passe notre temps à laïker. On laïque à tout bout de champ. Je laïque, tu laïques, il /elle laïque.
Au nom de toutes les femmes iraniennes, je laïque ce Prix, je laïque l’Iran et je laïque la France et je laïque la laïcité.

Je vous remercie.


Voir aussi Prix de la Laïcité 2018 (note du CLR).


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