Prix de la laïcité 2010 : (7) Intervention d’Isabelle ADJANI, lauréate du Prix de la laïcité 2010

1er octobre 2010

Mon émotion est absolument maximale même si je la contiens. Je ne sais pas si ce lapsus extraordinaire, enfin extraordinaire pour moi, qu’ont fait Patrick KESSEL et Jean-Pierre CHANGEUX, concernant le film l’appelant « L’Année de la jupe » et non pas « La Journée de la jupe » va s’inscrire dans quelque chose de synaptique ou d’épigé étique pour vous mais ce serait pas mal. Et même pour tous les enfants, tous les enseignants et tous les gens concernés par le contenu de ce film et par la notion de laïcité, puisque si cette « journée de la jupe » qui a constitué une mobilisation, pouvait devenir l’année de la jupe, ce serait pas mal.

Anne Hidalgo, Yamina Benguigui et Isabelle Adjani - © Henri Garat/Mairie de Paris

Alors évidement, je suis extrêmement touchée, extrêmement honorée que vous me fassiez une chose pareille, c’est-à-dire, de me remettre le Prix de la laïcité. Si mes parents étaient vivants, je crois qu’ils en seraient absolument bouche bée parce, pour moi, recevoir ce prix c’est vraiment recevoir l’expression d’une reconnaissance, la reconnaissance d’une forme d’engagement qui est le mien, même s’il est limité par rapport aux personnes présentes. Évidemment, en tant qu’actrice, mon engagement est plutôt de nature artistique, mais c’est vrai qu’il peut se traduire parfois en engagement politique, parce que de toute façon, il est impossible de faire autrement et il n’est pas question de faire autrement.

Je voudrais partager ce prix avec des jeunes lycéennes qui en 2006, en Bretagne, ont lancé une journée de la jupe pour lutter contre les discriminations et les préjugés dont elles pouvaient être victimes dans certains des établissements, et qui ont permis que l’action se répande à d’autres régions en France et à d’autres quartiers, là où c’était nécessaire. Et c’est vrai que cette Journée de la jupe a permis d’essayer de défendre la mixité et de protéger la dignité des jeunes filles et des femmes qui se trouvaient dans ces lycées.

Cette jupe, cette fameuse jupe de Sonia Bergerac que j’interprète dans le film de Jean-Paul Lilienfeld, avec qui on a fait ce chemin, si convaincu. Pour moi, c’est vrai que c’est un symbole de laïcité parce que c’est un petit morceau de tissu mais qui devient un étendard, qui devient un véritable drapeau blanc qui se met face à la violence et la haine qui peut s’abattre sur ces jeunes filles et ces jeunes femmes quand justement les lois fondamentales de la République ne sont pas appliquées à l’intérieur même de l’école. Mais tout ça, vous le dites tellement mieux que moi. Et justement, ce qu’a essayé de dire le film, c’est que l’égalité entre ces garçons et ces filles ne peut être enseigné avant même la maison ou après la maison ou même contre la maison que par l’école républicaine. Et c’est cette même école qui doit la défendre, qui doit la préserver, qui doit la protéger. Et c’est vrai que seule la laïcité pour nous, pour nos enfants, peut nous assurer un peu de paix, quelles que soit les croyances et les religions qui existent à la maison, qui existent autour de la maison.

Ce que je souhaite dire encore, c’est qu’aujourd’hui nous sommes tous réunis ici, j’ai cette espèce d’honneur insensé de recevoir ce prix alors que mes prédécesseurs sont des gens que j’admire infiniment, et nous sommes là, dans cette maison commune, accueillis par Bertrand DELANOE, mais ce n’est pas à n’importe quel moment. C’est à un moment où l’État lui-même semble mépriser certains principes des Droits de l’Homme. Un mépris des différences. Et c’est ce mépris des différences qui permet à certaines dérives communautaristes et sectaristes justement d’avancer masquées et de revendiquer un statut de victimes d’injustices et de discriminations. Alors, c’est un moment difficile pour moi aussi d’accepter la lourde responsabilité d’un symbole pareil de ce prix de la laïcité parce qu’il va falloir que je sache en être la représentante digne et modeste, dès que la circonstance se présente et c’est quand même tous les jours, c’est au quotidien.

Pour finir, un immense merci puisque vous m’en faites la messagère pacifique, je vous dis solennellement au nom de la liberté de conscience et au nom du respect des valeurs républicaines.

Je vous remercie infiniment.




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