Revue de presse

Marc Augé : "On a beaucoup perdu avec la fin du paganisme" (lepoint.fr , 23 mai 16)

Marc Augé, anthropologue. 24 juillet 2023

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Marc Augé, La sacrée semaine qui changea la face du monde, éd. Odile Jacob, 2016, 72 p., 9,90 e.

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"[...] En voulant distinguer la "vraie" religion de ses excès et de ses extrémismes, nous ignorons délibérément l’Histoire : le prosélytisme chrétien et musulman a été la source de bien des atrocités. Nous pourrions donc faire l’expérience d’un monde sans Dieu. Nous réglerions ainsi l’un des problèmes fondamentaux de l’humanité : la violence exercée au nom de Dieu. [...]

Face à la montée des revendications religieuses au sein des sociétés laïques, les anthropologues comme les ethnologues ont une grande responsabilité. Personnellement, j’ai toujours été partisan d’une anthropologie engagée qui défende d’abord l’humain en tant qu’espèce générique. D’autres, au contraire, insistent sur le respect des différences culturelles et sont prêts pour cela à tout justifier, comme l’excision ou le statut inférieur de la femme. Certains, au terme d’une démarche inverse, critiquent l’essentialisation de la notion de culture. Mais, lorsque les uns et les autres se retrouvent pour reprocher au journaliste Kamel Daoud d’avoir critiqué la manière dont l’islam pense le sexe et le genre, ils me hérissent le poil. Les cultures ont toutes, à des degrés divers, une dimension contraignante et peuvent porter atteinte aux droits des individus. Or les droits de l’homme ne sont pas une particularité européenne. Tels qu’ils ont été d’abord formulés au XVIIIe siècle, ils concernent l’espèce humaine et transcendent les différences culturelles. [...]

Prenez les rapports hommes-femmes : ils sont définis très strictement dans chaque culture et la première inégalité est celle des sexes. Or c’est précisément quand on pose l’unité de l’espèce humaine qu’on peut transcender ces différences. [...]

Nous avons dégagé le politique de l’emprise de la religion. Mais la laïcité telle que nous la comprenons en France a du mal à s’appliquer ailleurs dans le monde. Même aux États-Unis, le politique apparaît lié au religieux. Le poids du monothéisme, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, est décidément énorme. Franchement, on a beaucoup perdu avec la fin du paganisme. Je suis convaincu que l’Antiquité païenne aurait réussi à imposer une société morale sans dieux si le christianisme n’avait pas été déclaré religion officielle de l’empire. Bien des violences nous auraient été épargnées. [...]"


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