Culture / Cinéma

Le pardon - Violence et "morale" en Iran (G. Durand)

par Gérard Durand. 10 novembre 2021

[Les échos "Culture" sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Le pardon, de Maryam Moghadam (1 h 45), avec Maryam Moghadam, Alireza Sanifar. Sorti le 27 oct. 21.

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Le vrai sujet du film n’est pas le pardon mais la peine de mort. Elle va revenir tout au long de la projection sous diverses formes de réflexion et dans l’esprit de chaque personnage. Le cinéma iranien nous a habitué à l’abord des grands thèmes de société, ce premier film de la réalisatrice et actrice ne manque pas à la tradition.

L’histoire en est simple, le mari de Mina est exécuté pour meurtre, et elle se retrouve seule pour élever sa fille sourde et muette. Son salaire d’ouvrière dans une usine d’embouteillage de lait suffit tout juste à payer le loyer et elle ne peut survivre qu’avec un petit boulot clandestin. Quand les autorités la convoquent pour lui apprendre que le vrai meurtrier a été retrouvé et que son mari a été exécuté par erreur, sa vie va se transformer. Surtout lorsque apparait un homme, se prétendant ami et débiteur de son mari venu lui rembourser sa dette.

Qui est réellement cet homme qui va peu à peu la prendre en charge et l’aider dans les difficultés de la vie, tout particulièrement quand la belle famille la traine en justice pour obtenir la garde de sa fille et récupérer le magot ? Mais en Iran, la morale est intraitable, surtout celle des femmes et Mina se trouve chassée de chez elle, tout simplement pour avoir reçu cet inconnu chez elle. La référence à Dieu est constante même pour excuser les fautes graves. Dieu l’a voulu !

La société iranienne est d’une grande violence. Un précédent film, La loi de Téhéran, nous avait montré les dégâts massifs de la drogue. Les exécutions en série sont fréquentes et la peine de mort y est considérée comme un droit de la société. L’homme mystérieux, dont le spectateur connaitra la véritable identité bien avant Mina, la porte comme un fardeau.

Alors pourquoi intituler ce film Le pardon ? Tout simplement parce que ce pardon est aussi un aspect essentiel de la société iranienne. Nul ne peut être lavé d’une faute ou même d’un crime s’il n’a pas obtenu le pardon de ses victimes. Pour la justice, le pardon se confond avec le prix du sang, les pires erreurs sont corrigées par le versement de grosses sommes.

Ce film est bouleversant et entraîne une réflexion profonde sur de grands sujets de société, la peine de mort, la vengeance, la drogue, ou encore la justice. Courez le voir avec vos amis, vos voisins, vos collègues, il mérite un grand succès public.

Gérard Durand


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