Revue de presse

"La religion contre l’école" (L. Le Vaillant, Libération, 17 oct. 23)

(L. Le Vaillant, Libération, 17 oct. 23). Luc Le Vaillant, journaliste, chroniqueur à "Libération". 17 octobre 2023

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

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Lire "La religion contre l’école, par Luc Le Vaillant".

"[...] L’abjection de l’agression du Hamas contre Israël, épisode inédit d’un conflit infini, est fille du terrorisme islamiste. Au-delà de la nécessité d’user du mot « terrorisme », je préfère m’attarder sur le second terme qu’il faut lui accoler : « islamiste ». Le désir de donner la mort va de pair avec l’islam radical. Cette religion dévoyée se fait matrice à atrocités et affûte sabres théocratiques et cimeterres fanatiques.

Affirmons ensuite que le meurtre de Dominique Bernard, professeur de lettres à Arras, ville de Robespierre, n’est pas dû à un couteau manié par un idiot, comme il est des marteaux sans maitre. Cette arme blanche était brandie par un islamiste. Il criait "Allah akbar" à l’instant de porter ses coups comme les franquistes hurlaient "Viva la muerte" quand ils se lançaient à l’assaut des républicains espagnols. [...]

En attendant, je préfère souligner combien il va falloir à la comunnauté éducative faire preuve de force d’ame pour éviter cette auto-censure qui gagne les plus assurés et s’impose comme un terrible principe de précaution. En poignardant Dominique Bernard trois ans après avoir décapité Samuel Pary, l’islam fondamentaliste s’attaque aux fondamentaux d’une corporation déjà malmenée. Il cible une philosophie de l’enseignement que l’on croyait bien charpentée au-delà des bisbilles sans gravité qui animent le champ pédagogique.

Cette fois, l’assaut est frontal. Et l’islamisme est d’autant plus dangereux pour la République qu’il profite d’une atmosphère de tolérance généralisée, sinon de complaisance envers les affirmations excessives des différences devenues divergences.

Depuis les attentats de 2015, l’opposition s’avive à nouveau entre foi et connaissance. La religion, en particulier monothéiste, aime voir ses servants agenouillés, au confessionnal comme sur le tapis de prière. L’école, elle, apprécie que les élèves redressent la tête et haussent leur niveau, que l’intelligence prenne son envol, et que l’esprit critique sache faire le distinguo entre noir et blanc comme entre gris clair et gris foncé. La religion exige nuques baissées et échines courbées devant la vérité révélée. L’école préfère transmettre l’état actuel des connaissances et permettre l’émancipation des consciences individuelles. La religion se sent bergère des troupeaux tremblants, des souffrants aux cœurs lourds, des angoissés prompts à cette obéissance qui soulage. L’école est chargée de former des citoyens dégagés des pesanteurs familiales, villageoises et claniques. Aujourd’hui, il lui faut aussi apprendre aux générations débutantes à se méfier des influenceurs consuméristes et des algorithmes identitaires.

La religion vénère l’infaillibilité et s’imagine pouvoir transcender l’espace et le temps. L’école est une organisation sociale imparfaite qui aligne doutes méthodiques et théories de la relativité. [...]

La religion sépare les hommes et les femmes et les maintient dans des rôles immémoriaux. L’ecole traite filles et garçons à parité et en toute mixité. La religion, surtout la plus integriste, n’a aucun humour et hurle qu’on l’égorge quand on la caricature. L’école dolt, comme le faisait Samuel Paty, continuer à décrypter la liberté d’expression. Celle de Charlie Hebdo et de qui veut.

La religion sait pleurer misère et se faire plaindre. L’école doit soutenir les hussards multicolores de Education nationale et se méfier de ceux qui pensent que la laïcité doit en rabattre et supporter des accommodements raisonnables. [...]"

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Voir aussi dans la Revue de presse les dossiers Atteintes à la laïcité à l’école publique dans la rubrique Ecole, Assassinat de l’enseignant Dominique Bernard à Arras (13 oct. 23) (note de la rédaction CLR).


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