Aperçu des débats (à partir de quelques notes)

"Identité nationale et citoyenneté" républicaine (17 nov. 07)

Avec Daniel Lefeuvre 1er décembre 2007

Journée-débat coorganisée par le CLR et la LICRA.

Première partie

Antoine Spire, journaliste, écrivain, directeur général de Cinaps TV (TNT Ile-de-France)

La liaison entre identité nationale et immigration pose problème. L’identité nationale est une notion à prétention universelle mais qui s’enrichit de l’identité des autres. « Immigration » associé à « identité nationale » fait penser que la survenue de l’Autre est inacceptable sauf à remplir certaines conditions. Alors que dans les devoirs de l’Homme, la solidarité à autrui est très importante.

Avec l’Europe on distingue deux sortes d’étrangers, ceux qui sont européens et les autres. Ce qui crée une disparité de droits.

Comment accepter qu’un grand nombre de professions soient interdites aux étrangers non européens ? Pourquoi « l’immigration choisie » pour effectuer certaines tâches ?

Ces dérives accompagnent et aggravent la fermeture de notre société.

Malheureusement des dégâts ont été provoqués par les organisations « de gauche » : la Ligue des droits de l’homme et le Mrap. En refusant des limites à l’accueil des étrangers, ils heurtent l’opinion publique. Ils refusent de débattre avec la grande majorité des citoyens, de mener une campagne de conviction. Ces associations développent une haine contre ce qu’ils considèrent comme deux impérialismes : les Etats-Unis et Israël. Et organisent en parallèle des actions caritatives envers les « sans papiers ».

L’association R.E.S.F est un cas intéressant en ce qu’elle conjugue dès ses origines la démarche caritative et le militantisme de gauche voire d’extrême gauche.

L’internationalisme prolétarien a été cassé par le stalinisme qui en a fait un internationalisme anti-prolétarien, c’est pour cela que le nationalisme a pris de l’ampleur. Mais l’extrême gauche, tout en se focalisant sur la défense des plus pauvres, refuse de combattre tous les racismes. Ainsi, le MRAP, dont la signification du sigle est passée de « Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix », à « Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples », pourrait passer à l’étape suivante : « Mouvement contre le racisme anti-arabe et pour la paix » ; puisque qu’en fait il ne lutte que contre l’« islamophobie ».

Faisons encore un effort pour être cosmopolite !

Alain Finkielkaut, philosophe, écrivain

Le cosmopolitisme ne doit pas être opposé à l’identité nationale.

« Une civilisation qui oublie son passé est condamnée à le revivre. »

Rarissimes dans le débat français sont les événements qui échappent à la « reductio at Hitlerum » (Leo Strauss). En passant devant le lycée Carnot à Paris, Alain Finkielkraut a lu une affiche évoquant Guy Môcquet : « Hier fusillé parce que résistant. Aujourd’hui raflés parce qu’immigrants. » Désormais, le « plus jamais ça » équivaut au « plus jamais rien d’autre. » Cette référence fait d’une pierre deux coups, elle dénature les passés comparés et le présent qui s’y compare.

La question suivante est posée : l’ « identité nationale » dont on parle aujourd’hui ne s’apparente t-elle pas à l’ « identité nationale » des heures les plus sombres de notre Histoire ? (entre 1938 et 1945).

On sait qu’« être contemporain c’est vivre dans le clair obscur ». Il faut, pour éclairer ce « clair obscur », relire Marc Bloch (L’Etrange défaite), décrivant la manière dont, entre 1938 et 1945, s’est défaite l’identité nationale, le sentiment d’appartenir à une même communauté. Les uns disaient : « Hitler plutôt que Léon Blum », et les autres : « pacifisme intégral, syndicalisme, corporatisme. » Constat : en juin 1940, la lutte des classes l’emporte sur le sentiment d’identité nationale.

On connaît la célèbre phrase de Marc Bloch : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. »

Simone Weil (L’Enracinement) évoque « un peuple qui n’est lié à rien ». Un peuple qui n’est lié à rien n’a aucune identité, aucune filiation. Or les immigrés aimaient la France et y venaient parce qu’elle était la France que les Français de souche avait faite. Mais cette France n’existait plus entre 38 et 45.

Il existait un collapsus antérieur à la défaite. C’était une défaite sur la défaite. Mais aujourd’hui on ne tient plus à l’idée d’identité nationale : le sol natal, la langue, etc.

Le relativisme culturel a pris la forme d’un absolutisme totalitaire. Simon Leys, parlant de l’Université, disait : « Si l’égalité est une exigence, l’égalitarisme est une erreur ». Aujourd’hui, la démocratie veut s’annexer tous les domaines de l’existence. La démocratie sortie de son lit, de ses gonds, veut régner sans partage dans l’ordre de l’esprit, dans l’ordre de la langue [1]. La vérité est la version qui recueille la majorité. Au nom du relativisme culturel, on fait de l’absolutisme égalitaire. L’adjectif de « culture » n’est plus « cultivé » mais « culturel ». D’où la crise de l’école quand elle produit du « culturel » et plus de la culture. En conséquence il n’y a plus de place pour l’élévation, pour la culture dynamique : c’est l’horizontalité qui est imposée à l’école.

Au nom de la démocratie, on peut étouffer la lumière sous ses pieds, on peut en arriver à étouffer vingt siècles de belle langue. Nous faisons preuve d’une hospitalité maximale vers l’altérité à cause de notre hybris démocratique.

La citoyenneté républicaine nécessite que la chose publique soit partagée. Nous avons cette responsabilité qui vient d’un héritage commun. Nous devons répondre de tant de beauté, de tant d’héritage.

Quand Antoine Spire s’inquiète de la fermeture de notre société à l’Autre, Alain Finkielkraut estime qu’en fait nous sommes confrontés à la fermeture de l’Autre à notre société.

Daniel Lefeuvre, historien

Dans quelle mesure la citoyenneté républicaine recoupe-t-elle l’identité nationale ?

Peut-on être citoyen de la République sans en partager la nationalité, la langue, la culture et les valeurs fondamentales ?

L’idée de nation correspond à un idéal partagé et l’identité nationale à une construction historique qui peut donc être ouverte aux apports extérieurs.

Construction historique, l’identité nationale s’est progressivement enrichie et transformée. Première étape : l’Edit de Villers Cotteret (François 1er , 1539) impose l’utilisation du français dans les textes officiels. Donc être français c’est parler une langue commune. Deuxième étape :1789, les droits de l’homme et du citoyen, la loi Le Chapelier, l’unité et l’indivisibilité de la nation… L’égalité des droits et des devoirs devant la loi. Avec la Révolution, être français c’est être citoyen.

Puis Barrère en 1794 et l’abbé Grégoire en 1795 posent le problème du droit universel de vote donné à des Français qui ne parlent pas la même langue. Grégoire : « le patois, c’est bon pour les musées. » Ils font le lien entre la maîtrise de la langue et une conscience civique. Etre citoyen c’est parler français, produire la loi, la connaître, l’appliquer. Et l’unité linguistique est donc essentielle.

La politique d’assimilation linguistique est enrichie par le principe de laïcité, qu’au nom d’un relativisme culturel certains refusent pour les nouveaux arrivants. On accepte les cultures antihumanistes au nom d’un égalitarisme. C’est une formidable régression qui tend à rétablir de fait une société d’ordres, comme sous l’Ancien régime, où chacun est par sa naissance assigné à une place prédéterminée dans la société.

A contrario, il faut, du plus « élevé » dans la société au moins « élevé », faire de chacun un citoyen.

Daniel Lefeuvre évoque le débat sémantique très en vogue dans les années 1980 (émergence notamment de SOS Racisme) : l’objectif doit-il être (du plus au moins « exigeant ») l’ « assimilation », l’ « intégration », l’ « insertion » ?

Dominique Schnapper, sociologue

La langue est un moyen d’identification à la fois pour transmettre ses sentiments mais aussi pour l’identification ethnique et civique. C’est un instrument pour la pratique de l’espace public et la pratique de la citoyenneté nationale. Elle est centrale dans l’identité française.

Quant au « relativisme culturel », il ne peut être lui-même que relatif, au-delà des différences, car il y a des valeurs universelles : on ne peut admettre un relativisme culturel qui impliquerait l’acceptation de l’infériorité de la femme ou de l’esclavage

Il n’existe pas d’héritage figé. Quant à « assimilation », « intégration », « insertion », Mme Schnapper rappelle que les mots ne sont que des instruments, qui correspondent à l’esprit du temps. Il faut dire pourquoi et comment on les utilise.

Discussion

Alors qu’Antoine Spire a exprimé son désaccord sur l’utilisation de l’expression « Français de souche », Alain Finkielkraut suggère de distinguer le droit et le reste : ne transformons pas les fictions juridiques, fussent-elles nécessaires, en faits. Il existe une France que le droit – et c’est sa gloire – ne connaît pas. Il évoque les exemples de Fellini, Italien de souche ; Churchill, Anglais de souche ; De Gaulle, Français de souche. Et les Juifs, qui selon les textes, le sont de souche maternelle ? Les « Français de souche » seraient-ils la seule composante de la « communauté » nationale qu’il faudrait ignorer ? Alain Finkielkraut croit à la profondeur historique des Français, et de la France qu’ils ont fait évoluer. D’où l’importance de la souche comme substrat.

Pour Alain Finkielkraut, la culture dépayse. L’école c’est l’ouverture à un autre monde. Rimbaud était « moderne » tout en ayant été Premier prix de vers latin à Charleville. « Le divers décroît, là est le danger », disait Victor Ségalen. Actuellement, on détruit l’altérité à l’école.

Daniel Lefeuvre estime que la République n’ose plus se servir de son passé. Enrichir ce qui n’existe pas ne sert à rien.

Alain Finkielkraut pense que tous les enfants sont des immigrés parce qu’ils sont des nouveaux venus sur terre. L’éducation doit être conservatrice, pour que les enfants exercent leurs capacités révolutionnaires et commencent quelque chose de neuf.

Daniel Lefeuvre déplore qu’on ne fasse plus de l’Histoire mais de la bouillie institutionnelle. Il regrette aussi la diminution, à l’école, du temps consacré à la langue, à l’Histoire, la baisse de qualité de la formation de l’enseignant d’Histoire, l’effondrement institutionnel des exigences.

Mais Alain Finkielkraut récuse l’expression « Nos ancêtres les Gaulois » : sur le plan de l’identité culturelle, l’Europe est un héritage gréco-latin. Il est triste que les langues grecques et latines deviennent de plus en plus mortes…

Deuxième partie

Gaston Kelman, écrivain

La notion d’ « identité nationale » renvoie à un inconscient collectif colonial. Gaston Kelman évoque son expérience de Noir en France, auquel on cherche à tout prix à mettre une étiquette « originaire de ». Plus grave, c’est en France qu’on lui a dit qu’il pouvait être polygame…

Les identités ne se transmettent plus comme avant. Amin Maalouf : un citadin est plus proche « d’un individu de n’importe quelle capitale que de [ses] grands-parents ».

Les critères qui définissent l’identité sont, dans l’ordre, l’adhésion culturelle, affective, et des données juridiques. Or, aujourd’hui, on confond identité, racines et origine.

Un pays doit reconnaître les identités multiples mais chaque pays a un socle commun. L’identité nationale, en France, est un socle ouvert.

Il trouve regrettable que ce soit en France qu’on apprenne à des Africains comme lui qu’il ne faut pas qu’ils changent.

Patricia Sitruk, directrice générale de la Cité nationale de l’Histoire et de l’immigration

La France, son Histoire, la constitution de son identité, est aussi celle des millions d’immigrants.

Mais l’histoire de l’immigration est un sujet méconnu du pays et chargé de préjugés.

La France est une terre d’immigration depuis le XIXe siècle, mais les immigrés sont demeurés entre invisibilité et illégitimité . Cela fait trop longtemps que l’immigration est un phénomène non structurant du pays.

A partir du contenu du musée « Cité nationale de l’Histoire et de l’immigration » le visiteur découvre qu’au-delà des différences les immigrés ont vécu les mêmes expériences et les mêmes espoirs.

Jean-Philippe Moinet, fondateur de l’Observatoire de l’extrêmisme

Le pessimisme n’est pas de mise, car plusieurs indices signalent un retour à l’autorité dans les mentalités : le souci de la sécurité publique, la réhabilitation de l’autorité sociale, notamment à l’école…

La démocratie est une source d’attraction pour les étrangers. M. Sarkozy a mis KO M. Le Pen notamment avec la proposition d’un ministère de l’Identité nationale… M. Sarkozy veut que nous fassions connaître les lois de la République. Sa feuille de route comprend un « contrat d’accueil et de formation » pour les émigrés. Il dit vouloir intégrer les étrangers afin de lutter contre les intégrismes, grâce à la laïcité. C’est sa vision de la promotion de l’identité nationale.

Marc Weitzmann, écrivain

L’identité relève-t-elle d’un choix ou de l’inévitabilité ? A partir des années 1980, on a été obligé de choisir son appartenance.

L’identité est un acquis. Gaston Kelman a choisi son identité. En revanche il existe un irréductible de la différence.

L’universalisme ne se construit pas avec des choix faciles mais à travers des conflits, en surmontant des obstacles. Cependant, l’idéal universaliste renvoie au particulier y compris celui des nations : chaque société exprime un idéal d’universalisme qui renvoie à ce qu’elle a de particulier.

Les valeurs de l’universalisme sont pourtant accessibles à tous puisque valables en tout temps et en tout lieu.

Pourtant des valeurs de progrès peuvent entrer en contradiction les unes avec les autres.

Marie-Noëlle Lienemann, député européen

L’universalisme des valeurs républicaines est une réalité. La nation française n’est pas ethnique. L’originalité de l’identité française est la question républicaine : la France est un pays qui s’est construit sur un pacte politique.

La France est un pays centralisé mais qui présente une grande diversité culturelle. Ce pays n’a pas imposé qu’il faille être identique à ses voisins pour être reconnu comme citoyen. On ne peut forcer les individus, pour être des citoyens, à renoncer à leurs particularités locales et à se conformer à un modèle unique.

Cette construction s’est faite sur deux piliers :

  • l’Etat, la loi, la nation ;
  • l’individu libre, citoyen, autonome.

Notre modèle permet la multi-appartenance. Marie-Noëlle Lienemann donne son propre exemple : catholique et laïque, avec une expérience politique en plusieurs lieux du territoire.

Aussi, l’identité nationale n’a rien à voir avec les statistiques.

La crise de l’identité nationale n’est pas forcément liée à l’immigration. Il faut cependant que les fondamentaux soient clairs.

En ce sens, la loi sur les signes religieux à l’école est un énorme progrès. Faire vivre la laïcité n’est pas facile, parce que la simple tolérance de la religion de l’autre oblige à redéfinir l’espace de la religion.

Il existe une France du mythe et une France de la réalité. C’est ainsi que la France mythifiée est contre le communautarisme mais la réalité pousse au communautarisme, à cause de la constitution des ghettos. On peut apprécier ce phénomène de deux façons : les immigrés se regroupent ou on les regroupe. La mixité sociale, qui serait la solution, se heurte à la réalité, ce qui a pour conséquence la crise de l’identité nationale.

Aujourd’hui, les droits fondamentaux de personnes humaines ont tendance à s’effacer derrière les droits de réparation en tant que victime.

Le mythe du progrès et le mythe républicain se heurtent à la réalité. Cette réalité, c’est la philosophie économique du libéralisme. Là est le cœur du problème : c’est le marché qui fait les lois. La mondialisation et le libéralisme confisquent la maîtrise de la politique au détriment du citoyen. A contrario, les droits fondamentaux crédibilisent le modèle français : droit au logement, sécurité sociale, etc.

Bref, la France est un pays de diversité, à condition que les fondamentaux soient clairs et respectés. Mais les ghettos poussent au communautarisme, lequel menace l’identité nationale. Un phénomène qui se conjugue avec la mondialisation, au libéralisme, qui dépossèdent le citoyen de la politique.

Saïd Saadi, député algérien, président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), ancien candidat à l’élection présidentielle en Algérie

Député algérien démocrate et laïque, Saïd Saadi a fait plusieurs fois de la prison. Il a appelé à résister à l’islamisme, ce qui a contribué à éviter à son pays d’y sombrer. Comme homme de gauche, il a été déçu par l’attitude des socialistes français, qui n’ont pas soutenu ceux qui, en Algérie, se battaient pour les valeurs républicaines et laïques. Quant au président Jacques Chirac, il a cautionné le régime du parti unique en Algérie.

La laïcité n’est pas qu’une problématique française, mais universelle. Jusque dans l’islam on trouve aussi une profondeur productrice de laïcité.

Les présidents algériens successifs favorisent la religion parce qu’elle les aide à revendiquer la légitimité populaire qu’ils n’ont pas.

Saïd Saadi évoque son village d’origine, où la séparation, de fait, du temporel et du spirituel est ancrée historiquement. Le maire a longtemps été un Juif et cela ne posait pas de problème. Dans cette tradition, le chef religieux ne participe pas aux débats publics. C’est une réalité multiséculaire en Afrique du Nord.

L’intégrisme est la perversion d’un culte. Mais les Algériens peuvent prétendre à une émancipation qui leur a été déniée par la gauche, leur faisant faire un bond en arrière.

Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Le ministre évoque d’abord les tests ADN. Cette disposition ne figurait pas dans son projet de loi, c’est un député qui l’a proposée, ce qui illustre le pouvoir législatif du Parlement. Ensuite, nombre de pays démocratiques pratiquent déjà les tests ADN.

La nouvelle loi française les autorise à l’essai pendant 18 mois avec l’accord du pays d’origine. Pourquoi ? Parce que l’absence d’état civil dans de nombreux pays d’émigration empêche certaines familles de se regrouper dans les pays d’immigration. Ces tests serviront dans l’intérêt des deux pays.

Le ministre aborde ensuite les statistiques ethniques, le seul aspect du texte de loi qui a été invalidé par le Conseil constitutionnel. Il fait remarquer que la Commission informatique et libertés (Cnil) a approuvé les statistiques éthniques, estimant qu’elles contribueraient à la lutte contre les discriminations.

L’identité nationale s’est construite à partir d’un héritage commun, d’une histoire commune. La France n’est pas une page blanche, c’est essentiel.

La France est un pays pluriel, bigarré, mais uni. Mirabeau disait de la France qu’elle était un « agrégat inconstitué de peuples désunis ».

Les principaux facteurs d’unité étaient le service national, l’école, puis les médias. Mais ils ont été ou sont malmenés.

Reste que, si l’on veut éviter les communautarismes il faut promouvoir l’éducation à la langue française.

Malheureusement la mondialisation favorise la balkanisation. Des identités multiples sont revendiquées.

A tout cela s’ajoutent des facteurs économiques. C’est ainsi que le chômage touche 22 % de la population émigrée, laquelle pour 27% ne parle pas le français.

Brice Hortefeux conclut qu’il faut réhabiliter le passé pour préparer l’avenir.

Conclusion

Patrick Kessel, président d’honneur du Comité Laïcité République

La défense des valeurs républicaines n’est ni de droite ni de gauche, elle est républicaine. Patrick Kessel rappelle les origines de la création du Comité Laïcité République (CLR) : la première « affaire du voile », en 1989. Au vu de ce qui s’est passé depuis, on pourrait dire que le CLR « a eu raison trop tôt ». Depuis, en effet, des enquêtes, comme le « rapport Obin », ont montré la progression de l’obscurantisme au sein même de la République.

La question de fond posée par la création du ministère dont M. Hortefeux est le titulaire réside dans l’association de deux termes : « identité nationale » et « immigration ». Ça sent la poudre ! Les heures sombres de notre histoire ont montré à quoi certaines interprétations de l’expression « identité nationale » pouvaient conduire.

Qu’est-ce qu’être français ? Qu’est-ce qu’une nation ? Des questions d’actualité dans un contexte de remontée en force des nationalismes : Yougoslavie, Rwanda, Belgique, Côte d’Ivoire…

Tous les intervenants ont dénoncé une tradition qui lie l’identité au sang, qui assignerait chacun à ses origines biologiques, dans une conception de la nation qui renvoie à une « pureté originelle » : blanche, catholique…

Mais en France la notion de citoyenneté est étroitement liée à un fait politique : la Révolution de 1789, la République, la naissance d’une citoyenneté fondée sur le principe que quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leurs convictions, toutes les femmes et tous les hommes sont désormais libres et égaux en droit.

Quant à la notion de nation, elle peut aussi donner lieu à tous les dérapages, par exemple si l’on adhère à l’équation simpliste Iran = Islam. Or, il ne faut pas confondre nation et nationalisme, lesquels n’ont pas le même fondement.

Aujourd’hui la « culture monde » a le vent en poupe, alors que c’est un modèle propre à menacer les démocraties et à faire exploser la République. Les autres formes de pouvoir que l’Etat laissent entrevoir de multiples dangers, comme l’illustre le débat sur l’Europe.

Avec la République, l’individu passe de l’état de sujet à celui de citoyen. Dans cette logique, la citoyenneté devient synonyme de l’identité nationale. L’identité nationale renvoie alors à l’ensemble des femmes et des hommes libres et égaux en droit. Toute femme et tout homme sont bienvenus comme citoyen français, avec les mêmes droits mais en acceptant les mêmes devoirs.

Les droits de l’Homme ne sont pas négociables : là réside le contenu universaliste de la citoyenneté. La Révolution de 1789 a créé une nation à dimension universaliste.

La quête de l’identité nationale, ce n’est pas la quête de ses origines, mais la volonté de se construire comme citoyen.

C’est pourquoi le ministère de l’Identité nationale devrait plutôt s’intituler ministère de la citoyenneté républicaine. Car l’identité nationale de la France, ce sont des valeurs. Un ministère de la citoyenneté républicaine s’adresserait à toutes les femmes et tous les hommes, quelles que soient leurs origines.

Synthèse de Marie-Danielle Gaffric et Nicole Raffin

[1« La démocratie est sortie de son lit : on veut la démocratie dans la culture », voir Alain Finkielkraut : “La France ne se réduit pas à un passeport” (LCP, 21 déc. 07) (note du CLR).


Lire dans notre Revue de presse la rubrique Être Français (note du CLR).


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