Edito

Forum de l’islam de France : la méthode Napoléon (M. Seelig, 5 fév. 22)

par Michel Seelig, membre du Conseil d’administration du CLR. 5 février 2022

Depuis Pierre Joxe au début des années 90, jusqu’à Gérald Darmanin aujourd’hui, en passant par Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve, difficile de trouver un ministre de l’Intérieur qui n’ambitionne pas d’emprunter la méthode de Napoléon Bonaparte.

Il ne s’agit pas, évidemment, de signer un concordat… même si ce serait bien tentant : celui de 1801 était conclu « tant pour le bien de la religion que pour le maintien de la tranquillité intérieure » . Instrumentaliser les imams pour apaiser les « quartiers », comme Bonaparte se servait des curés pour contrôler les campagnes.

C’est donc plutôt l’action de l’empereur en direction des juifs qui peut plus facilement servir de modèle : au lendemain de la Révolution, les juifs présents dans quelques territoires (Alsace et Lorraine, Avignon et le Comtat Venaissin, Bordeaux et le Pays Basque) sont nominalement des citoyens français, mais présentent des différences considérables, tant cultuelles que culturelles. Les uns sont déjà largement intégrés dans la société française, d’autres sont attachés à la loi talmudique notamment le droit familial.

Eh ! bien, Napoléon impose à tous une structure consistoriale unique et le respect très strict des normes du droit civil.

Nicolas Sarkozy a cru faire aussi bien en créant le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM)… mais la structure est devenue ingérable (et donc non manipulable), notamment du fait de l’intervention des États dont sont originaires une grande partie des musulmans français, Maroc, Algérie, Turquie…

Alors, si cela ne fonctionne pas “par le haut”, il faut essayer “par le bas” ! Et voici donc le FORIF, Forum de l’Islam de France qui entend « organiser l’islam au plus près des territoires ». Si l’on en croit le ministère « On donne un espace de dialogue, et c’est aux acteurs locaux de jouer ». Mais ce sont bien les préfets qui seront à la manœuvre !

Or, « le principe de laïcité figure au nombre des droits et libertés que la Constitution garantit, qu’il en résulte la neutralité de l’État et qu’il en résulte également que la République ne reconnaît aucun culte » (Décision du Conseil constitutionnel n° 2012-297 QPC du 21 février 2013).

Ce n’est donc pas aux pouvoirs publics, ni au niveau national, ni au niveau local de s’ingérer dans l’organisation d’un culte !



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