Elections 2022

Comment réinstituer l’école de la République (18 av. 22)

18 avril 2022

« Devant le péril pour notre société et pour notre république que représenterait l’accession de la candidate d’extrême droite aux plus hautes fonctions, le CLR appelle pour sa part à voter Emmanuel Macron… » [1]. « Cet appel ne vaut pas blanc-seing pour l’avenir ». C’est le cas pour l’avenir de l’École. 

Si le programme de la candidate d’extrême droite entraine un caporalisme des enseignants et un révisionnisme historique qui mettrait à mal l’École laïque, celui d’Emmanuel Macron peut faire craindre une remise en cause profonde du cadre national de l’École républicaine.

L’autonomie des établissements ne doit pas se transformer en dangereuse concurrence sous prétexte de projets différenciés, par le recrutement d’enseignants par les directeurs d’école et les chefs d’établissement. Cette autonomie renforcée mettrait l’École publique laïque en danger face au réseau diocésain de l’École privée, trop largement subventionné par l’État. Elle encouragerait le recrutement de contractuels, au motif de leurs expériences différenciées, dévalorisant ainsi la maîtrise des savoirs.

Seul le maintien des concours et d’un recrutement national, associé à une formation initiale et continue définie par les Inspections générales disciplinaires, permettra de renforcer la professionnalisation des enseignants.

C’est aussi à ce niveau que doivent être abordés l’histoire et les enjeux de la laïcité dans la République. Il faut restaurer et renforcer le cadre national unificateur pour une École ancrée dans la tradition laïque et universaliste associée à l’idéal des Lumières.

Permettre l’émancipation par l’exercice d’un jugement éclairé, condition de la liberté individuelle et collective, ne peut se concevoir sans une instruction publique et laïque. C’est cet idéal des Lumières, celui de Condorcet, qui a fondé la laïcité. La IIIe République a instauré la laïcité scolaire avant même la loi de séparation des Églises et de l’État.

La volonté de réinstituer l’École laïque, une République laïque, est donc bien celle de se projeter dans une société de liberté, d’égalité et de fraternité. Cette école publique laïque est celle d’un espace idéologiquement impartial, indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique.

Depuis les années 1970-80, il y a eu une massification de l’enseignement sans véritable démocratisation, faisant fi de l’élitisme républicain. Paradoxalement, l’École accroît la fracture sociale et culturelle, alors qu’elle devrait être le principal agent de sa réduction.

Rappelons que, pour nous, l’École n’est pas là pour socialiser mais pour émanciper.

Ce qui est en cause, c’est souvent une didactique scolaire abâtardie, trop peu soucieuse de l’héritage culturel et trop centrée sur l’environnement social immédiat, associée à une pédagogie dont l’objet est avant tout d’organiser l’enseignement à partir des représentations des élèves. De nombreux responsables éducatifs évoquent comme seule priorité la bienveillance au lieu de la juste indulgence associée à une véritable ambition pour la réussite de tous. En conséquence, ce sont, le plus souvent, l’alignement sur le moins disant culturel et intellectuel ainsi que la victimisation sociale ou ethnique qui prévalent.

L’élève ne construira pas seul son propre savoir et, pour s’élever, il aura besoin que son professeur ait avec lui une exigence de guidance et d’autorité. C’est dans l’exigence qu’un haut niveau de connaissances devrait être transmis aux élèves.

Ce sont les conditions de l’accès à l’autonomie dans l’apprentissage et de l’émancipation à plus long terme.

L’école de la République doit être conçue comme le lieu où l’on apprend, dès le primaire, à maîtriser les savoirs élémentaires (lire, écrire, compter, vivre en société), puis couvre tous les champs du savoir et du questionnement scientifique, notamment en donnant tous les moyens à la recherche publique.

L’École doit donner les mots pour comprendre tous les langages littéraires, scientifiques, techniques, artistiques, fondement de l’esprit critique. Donner des mots émancipateurs à chacun, c’est aussi se prémunir contre la violence et tous les fanatismes.

Mais pour que l’École soit de nouveau perçue comme une chance et un instrument de promotion pour chacun des élèves, les meilleures conditions doivent être réunies pour que l’enseignement soit efficace. Cela passe par une refonte complète de la formation des maîtres.

L’École ne doit pas être un ghetto social ou ethnique. Il faut favoriser, dans les établissements et les classes, la mixité sociale et scolaire. C’est le rôle intégrateur de l’École dans une république.

C’est ce projet pour l’École républicaine qui permettra de former des citoyens responsables et émancipés.


Voir aussi la rubrique Propositions : élections 2022 dans Propositions,
dans la Revue de presse la rubrique Ecole (note du CLR).


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