Revue de presse

Boualem Sansal : « Contre l’islamisme, la France a perdu le combat depuis longtemps » (Le Point, 25 jan. 24)

(Le Point, 25 jan. 24). Boualem Sansal, écrivain algérien, Prix international de la laïcité 2018. 25 janvier 2024

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Boualem Sansal, Vivre. Le compte à rebour, Gallimard, janvier 2024, 240 p., 19 €.

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Lire « Contre l’islamisme, la France a perdu le combat depuis longtemps ».

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"[...] Il y a neuf ans, des terroristes décimaient la rédaction de « Charlie Hebdo ». Depuis, avons-nous enfin ouvert les yeux sur la réalité de l’islamisme ?

Cette date restera dans l’Histoire. L’attaque de Charlie et de l’Hyper Cacher a été pour moi un terrible choc. J’y ai vu la preuve de ce que je prédisais depuis vingt ans : la guerre avait commencé en France. Quand l’Algérie a basculé dans la guerre civile, j’ai décidé, avec des amis, des intellectuels et des journalistes, d’étudier celle-ci comme un problème scientifique. Nous nous demandions si l’islamisme était réservé au monde musulman ou s’il s’agissait d’une maladie de l’humanité. Nous avons d’abord penché pour la première option. Les pays musulmans suivaient tous plus ou moins ce mouvement, et nous nous disions que les pays démocratiques et laïques parviendraient à combattre ce fléau, notamment parce qu’il ne divisait pas leurs familles comme chez nous, où chacun pouvait avoir un frère ou un père islamiste.

C’est à ce moment-là que sont apparus les lanceurs d’alerte. Je me suis moi-même rendu dans les banlieues françaises, où la situation correspondait aux débuts de l’islamisme chez nous, il y a vingt ou trente ans. Mais personne ne m’écoutait, on me répondait que la France n’était pas l’Algérie… Les autorités y voyaient un problème marginal, elles considéraient que toutes les idéologies étaient solubles dans la démocratie et que la laïcité était une défense suffisante.

La France et l’Europe ne sont-elles pas, dans la douleur, en train de remporter ce combat ?

Je pense le contraire. La France a perdu le combat depuis longtemps, car elle s’est trompée dans son diagnostic et dans sa réponse thérapeutique. Elle a pensé que faire venir des familles entières d’immigrés était une solution. Les plans banlieues, la construction de salles de sport, de conservatoires… c’était tellement naïf ! Les municipalités socialistes et communistes ont beaucoup aggravé la situation en expliquant que ni l’islam ni l’islamisme n’étaient dangereux, que c’était une façon de vivre comme une autre et que chaque communauté avait la sienne. Aujourd’hui, la France n’a pas encore complètement ouvert les yeux. Je ne suis pas encore arrivé à convaincre mes amis français que la mosquée n’est pas seulement un lieu de culte, mais aussi un lieu de gouvernement, d’administration, tout à la fois agora, bureau de bienfaisance, d’enseignement, d’échange, etc. [...]"


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