Revue de presse

"Alphonse de Lamartine en 1848 : la chute d’un ange" (Marianne, 16 juil. 21)

28 février 2022

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"[...] Peu d’hommes politiques peuvent afficher un bilan politique aussi riche que le sien : figure majeure du gouvernement provisoire en 1848, il parraina des décisions aussi historiques que la proclamation du suffrage universel – même s’il n’était que masculin à l’époque –, l’abolition définitive de l’esclavage et le maintien du drapeau tricolore. [...]

Le 25 février 1848, Lamartine proclame la République. Devant l’Hôtel de Ville, où siège le gouvernement provisoire, les Parisiens affluent, en masse « plus agitées que les vagues de la mer, une mer de feu et de sang » écrira Lamartine. Il refuse le drapeau rouge et impose les trois couleurs héritées de la Révolution. Ministre des Affaires étrangères, il parvient à rassurer les gouvernements étrangers : non, la France républicaine de 1848 ne sera pas guerrière et conquérante, comme celle de 1792, mais pacifique et humaniste.

D’ailleurs, elle abolit la peine de mort en matière politique, et lui-même combat la peine capitale depuis toujours… Un « scandale de la raison » disait-il déjà le 18 avril 1836, devant l’Hôtel de Ville : « Heureux le jour où la législation verra disparaître, devant la lumière divine, ces deux grands scandales de la raison du XIXe siècle : l’esclavage et la peine de mort ! »

L’esclavage, justement, la République l’abolit aussi, ce que Lamartine réclamait depuis 1835. Enfin, cette République humanitaire organise l’élection d’une Assemblée nationale constituante. Quand celle-ci se réunit, le 6 mai 1848, Lamartine lui remet solennellement le pouvoir : « Citoyens représentants, notre œuvre est accomplie, la vôtre commence. »

Lui-même élu représentant du peuple, à Paris cette fois, Lamartine prend part aux débats sur la nouvelle constitution. Contrairement à la Ire République – celle de 1792, à direction collégiale –, la IIe compte se donner un président élu, à l’américaine, et même élu directement par le peuple…

On ne parle pas encore de « populisme » en 1848, mais la crainte du césarisme anime une partie des républicains, plutôt favorables à un président faible désigné par l’Assemblée. Un obscur député du Jura – et futur président de la République –, Jules Grévy, met en garde ses collègues : « Êtes-vous bien sûrs que, parmi les personnages qui se succéderont tous les quatre ans au trône de la présidence, il ne se trouvera jamais un ambitieux tenté de s’y perpétuer ? » En vain. Lamartine, lui, ne croit pas à un nouveau 18 Brumaire… « Je sais bien qu’il y a des noms qui entraînent la foule comme le mirage entraîne le troupeau… mais… il faut laisser quelque chose à la Providence » lance-t-il.

Le poète croit encore en sa chance. C’est compter sans Louis Napoléon Bonaparte, soutenu par ces messieurs du « comité de la rue de Poitiers ». Ces « républicains du lendemain » cherchent un candidat pour neutraliser la République et conjurer tout risque de bouleversement social. Tandis que les « républicains de la veille » se présentent en ordre dispersé, les notables conservateurs font voter Bonaparte. Dans les campagnes, lasses de l’incertitude, la magie du nom opère… [...]"

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