Revue de presse

A. Shalmani : "Dès le 11-Septembre, les islamistes ont choisi de montrer l’horreur" (lexpress.fr , 3 nov. 23 ; L’Express, 9 nov. 23)

(lexpress.fr , 3 nov. 23 ; L’Express, 9 nov. 23). Abnousse Shalmani, journaliste, essayiste, écrivain et réalisatrice. 5 novembre 2023

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Lire "Dès le 11-Septembre, les islamistes ont choisi de montrer l’horreur, par Abnousse Shalmani".

"Depuis qu’un jour, un Homo sapiens a représenté sa réalité par l’image, nous sommes entrés dans la guerre des images. Dessins, peintures, daguerréotypes, photographies, vidéos racontent, depuis l’origine, une volonté de fixer le présent, donc la tentation de "mentir" en exagérant, en améliorant, en occultant. L’utilisation propagandiste des photographies par l’Union soviétique qui effaçait les "traîtres" au prolétariat au gré des procès de Moscou a fonctionné à plein régime. Mais l’image est aussi preuve. L’horrifique réalité des camps de concentration à la Libération fut heureusement filmée – ce qui n’a pourtant pas empêché le négationniste.

Depuis le 11 septembre 2001, cette guerre a pris un tour singulier. L’attentat contre le World Trade Center et le Pentagone a inauguré le XXIe siècle par le premier attentat visuel de l’Histoire. Oussama Ben Laden aurait pu choisir de programmer l’attaque à une heure moins matinale, lorsque les gratte-ciels étaient pleins, espérant davantage de morts, davantage d’effroi et de panique. S’il a choisi de commettre les attentats entre 8 heures et 10 heures, c’était pour être certain d’avoir les yeux des Américains fixés sur les chaînes infos qui ne manqueraient pas de relayer en direct la réalité de la tuerie terroriste. L’instantanéité de l’attentat, commis et vu simultanément donc subi, augmente le degré de sidération et la possibilité du chaos. Relayés partout dans le monde, en Occident comme en Orient, les attentats d’Al-Qaeda provoquèrent ici horreur, là-bas joie, images relayées ensuite ici et là-bas, creusant davantage encore l’abîme entre l’Occident et l’Orient, espérant une guerre de civilisation qui coulerait le monde occidental. Le 11 septembre 2001, nous sommes entrés dans l’ère moderne de la guerre de l’image.

Les nazis ont tout fait pour dissimuler la Shoah. Documents détruits, témoignages absents, silences défensifs, les officiers nazis ne racontaient pas à leurs enfants l’effroyable mécanique industrielle qui a mené à la mort six millions de juifs. Il fallait détruire toutes les preuves, matérielles et humaines, il fallait sauver l’honneur de la bête immonde, ne pas salir la mémoire du IIIe Reich en laissant découvrir ses crimes. Dès la mise en place de la solution finale, déjà, il fallait préserver le secret. Antony Beevor, dans La Seconde Guerre mondiale, écrit à propos de Treblinka : "Les éléments essentiels pour le bon fonctionnement des opérations étaient le secret et la tromperie. […] A Treblinka, un semblant de gare avait été aménagé sur le quai. Une gare avec ses guichets, sa consigne et son restaurant. L’arrivée du convoi était saluée par un orchestre ; tous les exécutants étaient vêtus de façon impeccable. Lorsque des rumeurs commencèrent à circuler au sujet de Treblinka, le nom de la gare fut changé pour celui d’Ober-Majdan". Même les nazis mesuraient l’horreur impardonnable de leurs actes.

Les islamistes ont dès le 11 septembre 2001 choisi de montrer l’horreur de leurs crimes, de les exploiter dans un but de propagande pour recruter davantage de djihadistes, de les répandre par le canal bienvenu des réseaux sociaux et d’en tirer soldats, honneur et fierté. Décapitations, lynchages, lapidations, autodafés, pendaisons, toutes les exactions des terroristes islamistes furent et sont dûment filmées, montées, mises en musique et distribuées.

Les vidéos de la mort et de la destruction, de la haine et de la violence la plus pure sont autant de trophées et d’attrape-djihadistes. Mohammed Merah s’était muni d’une caméra GoPro lui permettant de filmer en live ses immondes tueries, les sanguinaires terroristes du 7 octobre ont filmé dans l’enthousiasme leurs opérations de la mort et les ont envoyées instantanément à leurs familles, qui se sont réjouies en retour du spectacle de familles juives massacrées, de femmes violées et coupées en morceaux, de bébés exécutés, de pères assassinés devant leurs enfants.

Le paradoxe vient de ce que la représentation, donc l’image, est interdite dans l’islam sunnite – le chiisme l’autorise. Proscrite, l’image est devenue taboue jusqu’à accoucher de monstres visuels. Comme si l’interdit qui court de siècles en siècles avait pris sa revanche sous la forme de vidéos qui exhibent le pire de l’humanité au nom justement de l’islam, de la défense de l’islam des origines. Comme si l’islam manquait et souffrait jusqu’au 11 septembre 2001 d’une absence de narration, brutalement et sauvagement compensée par le narratif islamiste, depuis continu, de l’absolue jouissance de la mort."


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