Lettre ouverte au président de la République et au Premier ministre

1989-2019. Signes religieux à l’école de la République : la ressemblance n’est pas l’effet du hasard (CLR, 15 oct. 19)

15 octobre 2019

De 1989 à 2004, la doctrine de l’État en matière de neutralité religieuse, politique et philosophique des élèves dans les établissements scolaires a été incertaine. Les chefs d’établissement, les enseignants, les parents, les élèves, les parlementaires, les Français ont connu les affres de l’incertitude face à une situation d’autant moins acceptable que les sondages et enquêtes d’opinion démontraient l’accord majoritaire du pays sur la sauvegarde de la neutralité scolaire et le refus du port de signes religieux par les élèves.

Cette situation, à la suite de l’affaire du voile au collège de Creil en 1989, est née de la faute politique de Lionel Jospin qui avait reculé devant l’évidence. Elle avait été rendue plus confuse encore par l’avis du Conseil d’État, la même année, qui renvoyait la responsabilité de la préservation de la neutralité scolaire aux chefs d’établissement.

Il a fallu la loi de 2004 protégeant les conditions de l’émancipation, pour régler la situation et apaiser les conflits, pratiquement du jour au lendemain.

La même situation se reproduit aujourd’hui à propos du port des signes politiques, religieux ou philosophiques par les parents accompagnant des élèves à l’extérieur des établissements pour des sorties pédagogiques.

  • On a vu en 2014 la ministre de l’Éducation nationale mettre à bas en quelques mots soigneusement choisis l’édifice fragile qu’avait commencé à ériger la circulaire Châtel affirmant raisonnablement la neutralité des accompagnants scolaires ;
  • On a vu la même ministre ne pas abroger pour autant la circulaire ;
  • On a vu de nouveau le Conseil d’État produire une opinion qui n’a pas valeur opératoire mais qui influe tout de même sur la situation, considérant le port des signes religieux par les accompagnants scolaires comme un droit MAIS laissant aux chefs d’établissement la possibilité sous certaines conditions absconses d’exiger la neutralité des accompagnants ;
  • On voit, conséquence inéluctable de ces errances, des chefs d’établissement sous pression ne plus savoir que dire ou que faire, des associations de parents d’élèves déraper, des enseignants déroutés ;
  • On voit des sondages et enquêtes d’opinion qui démontrent, l’une après l’autre, que les Français attachés à la neutralité de l’école et à la sécularisation de la société, veulent l’interdiction du port par les accompagnants scolaires de signes religieux, politiques et philosophiques ;
  • On voit une extrême-droite avide de trouble utiliser cette confusion pour diviser la population en s’emparant des thèmes laïques qui sont en réalité aux antipodes de son idéologie ;
  • On voit les islamistes, tenants de l’auto-ségrégation, imposer de toutes les manières possibles le voile aux femmes musulmanes et les victimiser, dans un face-à-face qui est en train de dégénérer avec les identitaires de l’extrême-droite ;
  • On voit le parti présidentiel se fracturer sur cette question.

Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, il est temps de faire preuve de la même sagesse que vos prédécesseurs en 2004. Il faut mettre fin à l’offensive de l’islam politique qui, ayant échoué à faire entrer des enfants voilées portant le signe de la soumission dans l’école de la République, tente d’imposer cette marque de ségrégation par le biais des parents accompagnateurs, mélodramatiquement rebaptisés « mamans voilées ». Il faut mettre fin aux entreprises de l’extrême-droite qui profite de cette confusion pour instiller la division et la haine de l’autre dans la société. Il faut déférer à l’exigence des Français qui veulent une école du savoir libérée des croyances et des opinions et une société qui respecte leur soif de sécularisation.

La situation devient immaîtrisable. Il ne faut plus de calculs électoralistes, mais une décision ferme et raisonnable, au moment où « l’hydre islamiste », comme vous l’avez vous-même qualifiée, Monsieur le Président, est un danger majeur pour notre société. Cette hydre ne prend pas une seule voie, celle du djihadisme ; elle teste sans cesse notre capacité à protéger la liberté des femmes, l’égalité entre les femmes et les hommes et l’universalisme, qui sont ses trois cibles principales.

Il est temps qu’une loi émancipatrice énonce clairement que les parents accompagnateurs sont des auxiliaires du service d’enseignement, ce qui est une évidence pour tous, et qu’à ce titre ils sont tenus à la neutralité.

Comité Laïcité République
le 15 octobre 2019.



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