Lettre ouverte
Je m’appelle Fanny Truchelut, j’ai 55 ans. Je suis condamnée à 4 mois de prison avec sursis et 8.500 € d’amende pour avoir demandé à deux femmes voilées de le retirer dans les parties communes de mon gîte rural de groupe. J’ai fait appel de cette décision. Peut-être connaissez-vous mon histoire (plus d’information, voir Fanny Truchelut sur Google).
En demandant à Horia Démiati de retirer son voile (symbole religieux et d’oppression des femmes), je ne fais qu’appliquer mon droit à pouvoir critiquer une religion sans être mise « hors la loi » comme le dit le Président de la Licra sur son dernier éditorial (Licra qui s’était portée partie civile contre moi lors du premier procès) car c’est sur ce motif que j’ai été condamnée par le tribunal – discrimination religieuse. Les accusations de discrimination raciale et ethnique demandées par Horia Demiati, n’ont pas été prises en compte par le tribunal.
Si vous permettez à Horia Demiati de porter le voile au nom de sa liberté et d’être comme elle le dit : « française et musulmane, moderne et voilée »... Excusez moi si mes poils se hérissent, vous ouvrez grand la porte au port du voile en tous lieux et en toutes circonstances. Horia Demiati est une militante active pour le port du voile au travail et dans tous les espaces publics de notre pays.
Mais je ne suis pas issue d’une famille musulmane, intellectuelle de la grande bourgeoisie, c’est sans doute ce qui fait la différence en France. Si je demande à Horia Demiati de retirer son voile, je suis une modeste vosgienne qui, du fin fond de sa montagne ne peut-être que xénophobe d’extrême droite.
Je suis issue d’une famille chrétienne pratiquante, j’ai quatre enfants, non baptisés, dont l’aîné à 30 ans aujourd’hui. Et il y a 30 ans, annoncer à sa famille un refus de baptême et y arriver à force d’explications sur mes raisons, c’était une révolution.
En tant que femme, « entrée à l’usine » (pas par choix) à 14 ans, je suis attachée à l’égalité des droits, mais je n’oublie surtout pas, tout au long de ce siècle, les combats menés par nos aînées, aussi, je me souviens :
En diffusant le voile, les islamistes portent atteinte au principe d’égalité des sexes, dont les premières victimes sont d’abord et toujours les femmes.
Chaque femme qui porte le voile réduit sa liberté. En le portant de gré ou de force, elles disent « je suis musulmane, j’adhère à l’ordre islamique ». Et c’est, progressivement, quand le voile fera partie de notre paysage visuel, que l’on peut imaginer d’ici quelques décennies, voir des régions sous contrôle islamique. Ce sont nos petits-enfants qui connaîtront cela, je refuse d’y être complice.
Lorsque les traditions n’évoluent pas pour les femmes, c’est toute la Société qui n’évolue pas.
Mon procès en appel aura lieu prochainement. Je n’ai jamais dit que j’avais raison, je savais que la loi m’interdisait d’interdire (le port du voile n’étant interdit que dans les écoles). Mais le principe de la démocratie, c’est de pouvoir donner un avis, de pouvoir critiquer une loi, c’est à partir de ce principe qu’elles peuvent évoluer.
Je ne peux pas imaginer être de nouveau condamnée après tout ce qui se passe dans ce pays, depuis le début de mon affaire. En août 2008, cela fera deux ans. Ce qui était vrai en 2004 (date de la loi) ne l’est plus. Dans certains endroits la burqa fait déjà partie du paysage visuel. Le terme même – voile – qui apparaît dans la loi, n’est plus approprié aujourd’hui.
Que nous soyons de droite, de gauche, pour ou contre le voile, il ne laisse pas indifférent la quasi totalité des femmes et des hommes de ce pays, pour preuve, les échanges parfois vifs sur les blogs ou sites internet, et les pétitions.
A travers mon histoire et mon procès, je suis la messagère d’un grand nombre de femmes et d’hommes de ce pays. Aussi, je vous demande de me faire part de votre sentiment, de me soutenir pour que je sois relaxée. Mon seul objectif, obtenir que la loi de 2004 puisse être de nouveau discutée pour le devenir de nos enfants.
Je vous prie de croire en mes sentiments respectueux.
Fanny Truchelut
Voir dans notre revue de presse Voile et Turquie, voir Loi du 15 mars 2004 sur le port de signes religieux à l’école, la rubrique Mères voilées dans des sorties scolaires, les prises de positions du CLR “Commission Stasi” : audition du CLR, “Ni croix, ni voile, ni kippa, ni aucun signe ostentatoire d’appartenance dans le sein de l’école de la République” (2003), A propos de la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école (12 mai 04) (note du CLR).
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